Cette règle de droit, pourtant évidente en principe, semble souvent heurtée par la pratique politique, jusqu'à ce que l'autorité judiciaire s'en saisisse et établisse des responsabilités effectives.
La figure la plus emblématique de cette dynamique est celle de Nicolas Sarkozy, ancien président de la République. Jugé dans l'affaire dite du financement libyen de sa campagne présidentielle de 2007, il a été condamné par le tribunal correctionnel de Paris à cinq ans de prison ferme pour association de malfaiteurs en vue de préparer une corruption active, marquant un précédent historique dans l'histoire de la Ve République, le conduisant à une incarcération provisoire à la prison de la Santé avant remise en liberté sous contrôle judiciaire.
Par ailleurs, il n'est pas étranger à d'autres condamnations définitives, notamment pour corruption active et trafic d'influence dans l'affaire dite des " écoutes ", confirmées par la Cour de cassation, qui l'ont contraint à purger une peine assortie d'un bracelet électronique.
À ses côtés, François Fillon, ancien Premier ministre, fut lui même condamné dans l'affaire dite des " emplois fictifs " pour avoir indûment rémunéré son épouse Penelope à des fonctions parlementaires inexistantes, une manuvre qui a valu à chacun des époux des peines de prison et des amendes substantielles.
Parmi les dirigeants actuels, Marine Le Pen, leader historique du Rassemblement national, a été reconnue coupable d'avoir détourné des fonds du Parlement européen à des fins partisanes, ce qui s'est traduit par une peine de prison sous surveillance électronique, une amende et une interdiction d'exercer des fonctions publiques pendant cinq ans.
Le Rassemblement national lui même fait l'objet d'un nouveau dépôt de plainte pour usage inapproprié de crédits européens dans la préparation d'une campagne présidentielle, aggravant encore l'image d'une organisation politique à la fois sous enquête et sous critique constante pour ses pratiques financières.
S'agissant de Jordan Bardella, président du RN, bien qu'il n'ait pas été mis en examen dans les principaux dossiers de détournements européens à ce jour, il a été visé par une plainte l'accusant d'avoir occupé un emploi fictif d'assistant parlementaire, une allégation qui s'inscrit dans le cadre des procédures entourant les assistants du parti au Parlement européen.
Enfin, Rachida Dati, ministre de la Culture et ancienne garde des Sceaux, se trouve aujourd'hui dans le collimateur de la justice dans plusieurs affaires de corruption, de trafic d'influence et de détournement de fonds publics, notamment en lien avec des paiements non déclarés reçus lors de son mandat de députée européenne.
Dépravation des murs politiques et décadence institutionnelle : une France en crise morale
Au delà des cas individuels, ce qui frappe l'observateur attentif est la constellation d'affaires politico judiciaires qui entachent l'image de la République : de l'Élysée aux ministères, des assemblées législatives aux formations partisanes, le spectre des irrégularités financières et des pratiques clientélistes semble omniprésent.
Ce phénomène n'est pas seulement une juxtaposition d'affaires isolées, mais révèle un malaise structurel profond : celui d'une politique française traversée par des comportements contraires à l'éthique publique, et parfois à la loi elle même.
La fréquence et la médiatisation de ces procès et enquêtes atteste d'un pays confronté à la dépravation des murs politiques, où des dirigeants autrefois intouchables se voient confrontés, non pas à de simples critiques de l'opposition, mais à des décisions judiciaires fondées sur des preuves tangibles et des procédures rigoureuses.
Ces affaires, qu'il s'agisse de financement occulte de campagnes, d'emplois fictifs, de détournements de fonds ou de conflits d'intérêts, alimentent la défiance publique envers les institutions et entretiennent l'impression d'une élite politique parfois détachée des principes qu'elle est censée défendre.
Cette décadence apparente n'est pas uniquement le résultat de comportements individuels : elle s'inscrit aussi dans un contexte plus large de conflits d'intérêts institutionnalisés, de perméabilité entre sphère publique et intérêts privés, et d'une culture politique où l'avantage partisan tend à supplanter l'intérêt général.
Le recours systématique à la contestation judiciaire, souvent assorti d'accusations de " judiciarisation de la politique " ou de " poursuites politisées ", contribue à miner encore davantage la confiance des citoyens dans l'état de droit, même lorsque les décisions de justice sont prises en pleine autonomie.
Loin d'être des anomalies, ces procès sont le symptôme d'un climat où le pouvoir politique et la responsabilité démocratique sont en tension permanente et où les frontières entre usage légitime de la force publique et instrumentalisation des ressources publiques sont parfois floues.
Cela invite à une réflexion profonde sur la culture politique française et sur les mécanismes institutionnels qui doivent être renforcés pour restaurer la probité et la transparence au cur de la vie publique.
Dans une démocratie digne de ce nom, les procès de personnalités politiques ne doivent pas être perçus comme des vendettas ou des jugements arbitraires, mais comme l'affirmation de l'indépendance de la justice et de l'égalité de tous devant la loi.
La succession d'affaires impliquant des dirigeants tels que Nicolas Sarkozy, François Fillon, Marine Le Pen et les enquêtes visant aujourd'hui Rachida Dati et d'autres figures politiques, témoigne d'un système judiciaire qui, malgré ses imperfections, s'efforce de sanctionner les excès et de rappeler que l'exercice du pouvoir est indissociable de l'intégrité morale.
Si la France traverse une période où la dépravation apparente des murs politiques est largement commentée, il faut aussi reconnaître que la mise en lumière de ces affaires et les poursuites qui en résultent participent d'un processus réparateur : la justice, en affirmant sa primauté, offre l'espoir que la cause noble de l'État de droit finira par prévaloir sur les intérêts particuliers et que, dans cette confrontation, la République saura se réinventer plus forte, plus juste et plus digne de la confiance de ses citoyens.
Tite Gatabazi
Source : https://fr.igihe.com/Quand-l-inexorabilite-de-la-justice-rattrape-les-puissants.html
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