Présentée par les autorités de Kinshasa comme la preuve irréfutable d'un complot international contre le régime du président Félix Tshisekedi, cette tentative de coup d'État avortée de 2024 a donné lieu à une mise en scène judiciaire expéditive, marquée par des condamnations lourdes, prononcées dans un climat de forte charge émotionnelle et de pression politique manifeste.

Parmi les accusés figuraient plusieurs ressortissants américains, rapidement jugés, condamnés, puis extradés vers les États-Unis.

C'est dans ce contexte lourd de soupçons, de récits concurrents et de zones d'ombre persistantes que la présence, aujourd'hui, de deux agents du FBI à Kinshasa prend une dimension éminemment significative.

Elle marque, au-delà du symbole, le retour d'un examen rigoureux des faits par une juridiction indépendante, étrangère aux logiques de communication politique qui ont jusqu'ici structuré le traitement de cette affaire.

L'épreuve des faits face à la narration officielle

L'arrivée d'agents fédéraux américains à Kinshasa constitue un signal clair : l'affaire Malanga ne saurait être définitivement close par des verdicts rendus à la hâte, dans un cadre judiciaire dont l'impartialité a été largement questionnée.

Les autorités américaines entendent désormais reconstituer méthodiquement les faits, établir les chaînes de responsabilité effectives et distinguer ce qui relève de l'acte criminel avéré de ce qui procède de l'emballement politique.

Le prochain procès, prévu en mars devant un tribunal fédéral du district de l'Utah, s'inscrit précisément dans cette logique de réexamen. Il ne s'agira plus de valider une version officielle préfabriquée, mais de confronter des éléments de preuve, des témoignages et des responsabilités individuelles à l'aune des standards élevés du droit fédéral américain.

Cette perspective fragilise mécaniquement la narration héroïsée d'un pouvoir se posant en rempart assiégé, et expose les approximations, voire les manipulations, qui ont pu entourer les procédures initiales à Kinshasa.

Un test de crédibilité judiciaire et diplomatique pour Kinshasa

Au-delà du sort judiciaire des accusés, cette séquence constitue un test majeur pour la crédibilité institutionnelle de la République démocratique du Congo. La coopération affichée avec le FBI, si elle est sincère et complète, pourrait marquer une inflexion salutaire vers une plus grande transparence.

A l'inverse, toute entrave, toute rétention d'information ou toute tentative de pression ne ferait que conforter l'idée d'une instrumentalisation politique de la justice.

L'enjeu est également diplomatique. Le rejugement de ressortissants américains par une juridiction fédérale indépendante rappelle que la souveraineté judiciaire ne saurait être invoquée pour masquer des procédures déficientes ou des procès à visée essentiellement dissuasive.

Dans un monde interconnecté, où les faits circulent plus vite que les récits officiels, la vérité judiciaire finit toujours par rattraper la communication politique.

Ainsi, l'affaire Christian Malanga, loin de se refermer, entre dans une phase décisive. Elle pourrait, selon l'issue des investigations et des audiences à venir, révéler moins un complot international qu'un usage opportuniste de la peur et de l'exception sécuritaire. Et rappeler, une fois encore, que le droit, lorsqu'il est exercé sans passion ni calcul, demeure le plus redoutable des contre-pouvoirs.

L'affaire dite Christian Malanga demeure l'un des épisodes les plus troubles et les plus instrumentalisés de la séquence politique congolaise récente

Tite Gatabazi



Source : https://fr.igihe.com/Affaire-Christian-Malanga-ou-le-retour-aux-recits-politiques.html