En défendant le fédéralisme pour la République démocratique du Congo, tout en rejetant explicitement toute perspective sécessionniste, il s'inscrit dans un débat de fond trop longtemps évité, sinon caricaturé.

Le fédéralisme comme réponse à l'épuisement de l'État unitaire

Le constat posé est sans détour : l'unitarisme congolais, hypercentralisé, a révélé ses limites structurelles. Loin d'avoir produit la cohésion nationale promise, il a engendré une concentration excessive du pouvoir, une asphyxie administrative des provinces et une déresponsabilisation chronique des élites locales.

Dans ce contexte, le fédéralisme apparaît non comme une menace contre l'unité nationale, mais comme une tentative de la refonder sur des bases plus réalistes et plus fonctionnelles.

Un modèle fédéral offrirait plusieurs avantages déterminants. D'abord, une meilleure gouvernance territoriale, en rapprochant le centre de décision des citoyens et des réalités locales. Ensuite, une responsabilisation accrue des provinces, appelées à assumer pleinement leurs compétences politiques, économiques et sociales, rompant ainsi avec la culture de l'attente et de la dépendance vis-à-vis de Kinshasa.

Enfin, le fédéralisme permettrait une reconnaissance institutionnelle de la diversité congolaise, non pour la fragmenter, mais pour l'organiser, la canaliser et l'inscrire dans un cadre constitutionnel stable.

Dans cette perspective, l'unité ne serait plus imposée par la verticalité autoritaire de l'État central, mais construite par la coopération, la complémentarité et la solidarité entre entités fédérées.

Sécurité régionale, dialogue national et horizon de paix

La question sécuritaire, indissociable du débat institutionnel, est abordée par Bertrand Bisimwa avec une franchise qui tranche avec l'hypocrisie ambiante. Il assume l'existence de relations avec le Rwanda, les inscrivant dans une logique de réalités sécuritaires régionales, tout en niant tout soutien militaire formel.

Cette position, qu'on l'approuve ou qu'on la conteste, a le mérite de rappeler une évidence souvent occultée : la crise congolaise ne peut être pensée en vase clos, tant les dynamiques transfrontalières façonnent le conflit à l'Est du pays.

Surtout, malgré la persistance des tensions sur le terrain, Bisimwa réaffirme l'engagement de son mouvement dans le processus de paix et appelle à un dialogue national de fond sur l'avenir institutionnel du Congo.

Cet appel pose une question centrale : peut-on durablement pacifier un pays sans repenser les règles de son organisation politique ? Peut-on exiger la loyauté absolue envers un État qui, dans sa forme actuelle, peine à protéger, administrer et représenter équitablement l'ensemble de ses citoyens ?

À rebours des slogans et des réflexes pavloviens, le fédéralisme ne saurait être réduit à un synonyme de balkanisation. Il peut, au contraire, constituer une stratégie de stabilisation, en désamorçant les frustrations périphériques, en réduisant la tentation des armes et en réinscrivant les conflits dans l'arène politique plutôt que militaire.

En définitive, la proposition mérite mieux que l'excommunication politique. Elle appelle un débat serein, rigoureux et national, affranchi des passions immédiates. Car refuser de penser l'État autrement, au nom d'un unitarisme sacralisé mais défaillant, revient peut-être à confondre l'unité avec l'immobilisme et à condamner le Congo à la répétition de ses propres fractures.

En défendant le fédéralisme tout en rejetant la sécession, Bertrand Bisimwa a relancé un débat longtemps évité

Tite Gatabazi



Source : https://fr.igihe.com/Bertrand-Bisimwa-plaide-pour-le-federalisme.html