Malgré les promesses répétées du président Évariste Ndayishimiye, la situation reste critique, exacerbée par des tensions régionales, un manque de devises étrangères et des problèmes logistiques persistants.
Bien que la pénurie de carburant ne soit pas nouvelle, elle s'est aggravée depuis plus de quatre ans. Dans quasiment toutes les villes du pays, les files d'attente devant les rares stations disposant encore de quelques litres d'essence ou de diesel sont devenues une scène quotidienne.
Le Bureau burundais de normalisation (BBN) a en outre, récemment dénoncé de graves irrégularités dans la distribution : depuis deux ans, les consommateurs reçoivent fréquemment moins de carburant que ce qu'ils ont payé, suggérant un vol généralisé.
Selon Samuel Ndayiragije, directeur général du BBN, " un client qui paye pour 10 litres peut n'en recevoir que 8,5 ", comme le rapportent les médias locaux.
La situation s'est détériorée davantage avec la fermeture des frontières terrestres avec le Rwanda depuis janvier 2024, puis avec la RDC après la prise d'Uvira par le M23 en décembre 2025, plongeant le pays dans un grave isolement volontaire.
Des promesses présidentielles non tenues
Face à cette crise, le président Ndayishimiye a multiplié au fil des années les annonces rassurantes. En août 2024, il avait par exemple laissé entendre qu'une solution définitive était imminente, annonçant l'arrivée de pétroliers destinés à "soulager le pays". Pourtant, la pénurie persiste, enfonçant le pays dans une crise sévère.
Dans plusieurs discours, le chef de l'État burundais avait souvent affirmé que le carburant était disponible en quantité suffisante, allant jusqu'à menacer d'exproprier les stations-service privées qui ne s'approvisionneraient pas auprès de la Société pétrolière nationale (SOPEBU).
Cependant, les propriétaires de stations dénoncent ces déclarations, affirmant qu'ils doivent parfois attendre plusieurs semaines pour recevoir des livraisons déjà payées, contredisant ainsi les annonces officielles.
Selon plusieurs rapports, cette pénurie persistante paralyse les transports publics, perturbe la circulation des marchandises entre provinces et marchés, affecte l'agriculture et l'industrie, et alimente un marché noir où le carburant peut se vendre jusqu'à quatre fois le tarif officiel.
Des autorités qui profitent de la crise
En revanche, plusieurs personnalités proches du pouvoir exploitent la crise à leur avantage, au détriment des citoyens.
Le fait le plus récent documenté concerne une perquisition menée début février 2026, sur la colline Cumba, dans la commune de Muyinga, dans le nord-est du Burundi, qui a permis de découvrir près de 4 000 litres d'essence appartenant à un député du nom de Shabani Nimubona, identifié comme le représentant provincial des Imbonerakure, la ligue des jeunes du CNDD-FDD.
Cette découverte qui a profondément choqué l'opinion publique, a largement mis en evidence la manière dont certains responsables politiques accumulent des stocks stratégiques pendant que les citoyens passent des semaines entières dans les stations-service.
Des observateurs et des organisations de la société civile burundaise, comme la PARCEM, soulignent que ce marché noir est alimenté par des réseaux de contrebande transfrontalière impliquant parfois des agents de l'État.
BrenT
Source : https://fr.igihe.com/Burundi-une-penurie-de-carburant-qui-profite-a-certains.html
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