Lorsqu'au nom de la République démocratique du Congo, le Président Félix Tshisekedi accepte le principe d'un cessez-le-feu, il ne s'agit pas d'un exercice rhétorique destiné à apaiser les chancelleries ; il s'agit d'un serment implicite envers la Nation, envers les populations civiles meurtries, envers les partenaires régionaux engagés dans la recherche d'une désescalade.

La référence explicite au mécanisme de Doha, conclu le 14 octobre 2025, et l'adhésion à l'initiative du Président João Lourenço, engageaient juridiquement et moralement Kinshasa dans un processus de stabilisation.

Le gel des positions, l'interdiction de tout renforcement militaire, la cessation des appuis aux groupes armés : ces clauses ne sont pas de simples formules diplomatiques, mais les fondations minimales de la confiance. Or la confiance est l'architecture invisible de toute paix durable.

Lorsque, dans les heures suivant la publication d'un tel communiqué, des attaques contre des civils sont rapportées à Minembwe, à Katoyi ou à Mulumemunene, la contradiction entre le verbe et l'acte devient vertigineuse.

Peu importe, en analyse rigoureuse, que l'on invoque des chaînes de commandement complexes, des dynamiques locales incontrôlées ou des initiatives isolées : l'État demeure responsable de la cohérence entre ses engagements publics et les réalités du terrain.

La souveraineté invoquée dans les communiqués n'a de sens que si elle s'accompagne de la maîtrise effective de l'appareil coercitif.

Le discrédit qui en résulte ne s'arrête pas aux frontières nationales. Dans la sous-région des Grands Lacs, où la mémoire des accords violés est encore vive, chaque manquement nourrit le soupçon structurel. Un cessez-le-feu proclamé et immédiatement fragilisé affaiblit non seulement la crédibilité de celui qui l'énonce, mais aussi celle des médiateurs qui l'ont soutenu. Il introduit un doute corrosif : la parole présidentielle est-elle encore une garantie, ou n'est-elle qu'un instrument tactique au service d'objectifs inavoués ?

La diplomatie repose sur la présomption de bonne foi. Or, lorsqu'une déclaration d'apaisement est suivie d'actions militaires qui compromettent la protection des civils, la présomption se dissipe. L'homme d'État cesse d'être perçu comme l'architecte d'une paix possible ; il devient, aux yeux de ses interlocuteurs, un acteur dont les engagements sont réversibles, conditionnels, voire stratégiquement instrumentalisés.

Ce glissement est lourd de conséquences : il réduit la valeur de toute promesse future et rend chaque négociation plus coûteuse politiquement.

L'éthique de la responsabilité face au destin national : quand l'inconstance fragilise la stabilité régionale

Gouverner un pays traversé par des conflits armés exige davantage qu'une habileté communicationnelle ; cela requiert une éthique de la responsabilité, au sens le plus exigeant du terme.

Lorsque des engagements de cessez-le-feu sont proclamés, ils engagent la vie des soldats, la sécurité des civils, la stabilité des provinces frontalières et, au-delà, l'équilibre géopolitique régional.

Le manquement à la parole donnée n'est pas seulement une faute diplomatique : il constitue une faille stratégique. Dans un contexte où les acteurs armés, étatiques ou non étatiques, scrutent la moindre ambiguïté, toute incohérence est interprétée comme un signal.

Si le pouvoir central apparaît incapable ou non désireux de faire respecter ses propres engagements, il ouvre un espace à la défiance, à la radicalisation et à l'escalade.

La stabilité de la sous-région ne peut reposer sur des proclamations successives aussitôt démenties par les faits. Elle exige une cohérence durable entre le discours et l'action.

Chaque bombardement signalé après un engagement de cessez-le-feu entame la crédibilité non seulement du chef de l'État, mais aussi celle de l'État congolais lui-même. La parole publique se vide alors de sa substance normative ; elle cesse d'être une norme pour devenir un instrument.

Plus grave encore : le coût humain de ces contradictions est supporté par les populations civiles. Lorsque le communiqué évoque la " protection effective des populations civiles " et le " respect du droit international humanitaire ", ces expressions ne sauraient demeurer des clauses ornementales.

Elles constituent des impératifs catégoriques. Les violer ou laisser croire qu'elles le sont sans réaction immédiate et transparente revient à dévaluer la primauté du droit au profit de considérations tactiques.

En définitive, la question dépasse la seule personne de Félix Tshisekedi : elle touche à la conception même de l'autorité politique en contexte de crise. Un dirigeant qui aspire à incarner la stabilité régionale ne peut se permettre l'ombre d'un doute sur la sincérité de ses engagements.

La paix n'est pas un slogan diplomatique ; elle est un processus exigeant, fondé sur la constance, la transparence et la responsabilité.

Si la parole présidentielle cesse d'être un repère fiable, alors chaque signature devient précaire, chaque médiation fragile, chaque initiative régionale incertaine. Et dans une région où la guerre prospère sur la défiance, le manquement à la parole donnée n'est pas un simple faux pas : il devient un facteur structurel d'instabilité.

Si le pouvoir central congolais apparaît incapable ou non désireux de faire respecter ses propres engagements, il ouvre un espace à la défiance, à la radicalisation et à l'escalade

Tite Gatabazi



Source : https://fr.igihe.com/De-l-engagement-solennel-a-l-atteinte-a-la-credibilite.html