Cette déclaration, censée ouvrir un interstice de répit dans une région saturée de tensions, devait marquer un tournant vers la désescalade et la retenue.

Or, depuis le 29 janvier 2026, les faits observés sur le terrain semblent obéir à une dynamique inverse. Plusieurs bataillons des Forces armées de la République démocratique du Congo, appuyés par des unités des Forces de défense nationale du Burundi, ainsi que par des combattants des FDLR, des Wazalendo et divers mercenaires, auraient convergé vers la zone dite du " Point zéro ".

De cette position stratégique, il est rapporté que furent lancées, de manière récurrente, des offensives par drones, décrits comme kamikazes, déployés par centaines chaque jour au-dessus de villages habités.

Ces engins, larguant des charges explosives sans discrimination apparente, se seraient abattus sur des habitations civiles, occasionnant morts et blessures parmi des femmes, des enfants et des personnes âgées. Les localités de Rwitsankuku, Bichumbi, Mutunda, Rugezi, Gakenke, Rubemba et d'autres encore auraient subi des assauts répétés.

Plus troublant encore : la date même du 18 février, censée consacrer l'entrée en vigueur du cessez-le-feu, aurait coïncidé avec le déclenchement d'attaques d'une intensité accrue contre les villages de Minembwe. Des incendies auraient ravagé Karongi et Kalingi ; des bombes auraient frappé Ilundu ainsi que d'autres agglomérations environnantes.

À considérer cette chronologie, certains en viennent à s'interroger : la date du 18 février fut-elle un signal d'apaisement, ou, au contraire, le coup d'envoi d'une phase nouvelle et plus systématique des hostilités ?

Une telle concomitance interroge la sincérité des engagements proclamés et la crédibilité des mécanismes de médiation invoqués.

Interpellation aux médiateurs et aux instances internationales : le silence comme posture ou comme complicité ?

Ces événements suscitent des interrogations d'ordre moral et politique qui ne sauraient être éludées. Elles s'adressent aux médiateurs et aux instances qui se sont portés garants d'un processus d'apaisement : au Président angolais João Lourenço, au Président togolais Faure Gnassingbé, présenté comme médiateur au nom de l'Union africaine, ainsi qu'à la Commission de ladite Union.

Elles concernent également l'Administration américaine, l'État du Qatar, l'Union européenne, la Communauté d'Afrique de l'Est et la Communauté de développement de l'Afrique australe.

Pourquoi ce silence, alors que les bombardements par drones et par avions de type Soukhoï seraient notoires et documentés ? Pourquoi l'absence de condamnation publique face à des frappes qui, selon les témoignages, toucheraient indistinctement des populations civiles ? Le silence, en pareilles circonstances, est-il prudence diplomatique ou abdication morale ?

Et si, par un retournement de situation, l'équilibre des forces venait à s'inverser, assisterait-on au même mutisme ? Ou verrait-on alors surgir les exhortations véhémentes aux droits de l'homme, les mises en garde, les injonctions et les pressions diplomatiques ?

Le cessez-le-feu, les appels à la retenue et les exigences de reddition des comptes s'appliquent-ils à toutes les parties au conflit, ou seulement à l'une d'entre elles ? Les autorités de Kinshasa et leurs alliés disposent-ils d'un droit implicite à la poursuite des bombardements, tandis que d'autres seraient sommés d'endurer sans riposte ?

Enfin, une question singulière s'adresse au Président burundais Évariste Ndayishimiye, dans sa double qualité de Chef d'État et de Président en exercice de l'Union africaine.

Comment concilier la posture de garant continental de la paix et l'implication alléguée de bataillons burundais engagés sur les théâtres de Mulima, du Point zéro et de Minembwe ? Comment recevoir les hommages protocolaires à Addis-Abeba lorsque, simultanément, des accusations de participation aux hostilités pèsent sur ses forces ?

L'injustice perçue, les positions jugées partisanes et le sentiment d'un " deux poids, deux mesures " ne sauraient constituer le socle d'un règlement durable. Nul processus de paix ne peut prospérer si l'on refuse d'entendre les deux versions d'un conflit, si l'on se contente d'en ajourner les manifestations sans en traiter les causes profondes.

On ne résout pas une crise en en différant l'échéance ; on ne fait que la suspendre au-dessus des peuples, comme une menace latente, prête à se réactiver au moindre souffle. Seule une approche équitable, lucide et courageuse, affranchie des calculs circonstanciels, peut espérer transformer un cessez-le-feu proclamé en paix véritablement vécue.

Malgré le cessez-le-feu annoncé par l'Angola, la situation sur le terrain suit une dynamique inverse, les FARDC poursuivant les exactions

Tite Gatabazi



Source : https://fr.igihe.com/Du-cessez-le-feu-proclame-a-l-embrasement-methodique.html