Tel semble être le sort réservé à l'appel au cessez-le-feu émanant de l'Angola : proclamé avec solennité, mais aussitôt vidé de sa substance par l'attitude du gouvernement de la République démocratique du Congo, qui agit comme si cette exigence n'avait jamais franchi le seuil de l'agenda national. Car il est une chose de décréter la suspension des hostilités ; il en est une autre, infiniment plus exigeante, d'en assurer l'observance effective.
Depuis plusieurs semaines, la région de Minembwe se trouve enserrée dans un étau militaire dont la cohérence opérationnelle dément toute prétendue accalmie. Les FARDC, appuyées par les FDNB, auxquelles s'agrègent des mercenaires étrangers, les Wazalendo, ont multiplié les tentatives d'investissement de la zone, sans parvenir à en briser la résistance.
L'usage de drones et de mortiers, orientés vers des villages habités, atteste d'une logique de siège qui contredit frontalement toute rhétorique pacificatrice.
Les conséquences humaines de cette dissonance entre discours et pratiques sont accablantes. Une femme de cent un ans, Mukuzakabano Elisabeth, a trouvé la mort ; des civiles ont été grièvement blessées ; un hôpital a été frappé.
Durant plusieurs jours consécutifs, des localités ont été pilonnées à répétition. Ces faits, qui relèvent moins de l'" incident " que d'un continuum de violences, exposent l'inanité des proclamations officielles et la faillite des mécanismes de protection des populations.
Pendant ce temps, le chef de l'État congolais, Félix Tshisekedi, parcourt les capitales, multipliant les gestes symboliques et les appels à la paix, tandis que les canons poursuivent leur uvre.
La scène internationale, quant à elle, observe ou feint d'observer dans un silence qui confine à la démission : Union africaine, Nations Unies, et une constellation d'organisations civiles paraissent frappées d'aphasie morale.
A cette paralysie s'ajoute la perspective d'une Union africaine placée sous la présidence d'Evariste Ndayishimiye, ce qui, pour beaucoup, exacerbe le sentiment d'abandon et d'injustice.
Le silence du monde et l'ultime recours : entre droit à l'existence et tragédie morale
Lorsque la communauté internationale détourne le regard, le silence n'est jamais neutre : il devient une prise de position par omission. L'inaction répétée, l'absence de condamnations effectives et la tolérance de faits accomplis nourrissent une économie de l'impunité qui, à terme, délégitime toute architecture de sécurité collective.
Dans ce vide normatif et éthique, les populations assiégées se voient renvoyées à une alternative tragique : disparaître en silence ou s'arc-bouter sur le seul principe qui leur reste, celui de l'auto-préservation.
C'est dans ce contexte que se déploie le discours de l'auto-défense, incarné par Twirwaneho, non comme une apologie de la violence, mais comme l'expression d'un droit élémentaire à l'existence lorsque toutes les garanties institutionnelles ont failli.
Cette revendication, aussi lourde de périls soit-elle, procède d'un raisonnement de nécessité : lorsque l'ordre juridique se dérobe, la survie devient l'ultime norme. Il ne s'agit pas d'un triomphe moral, mais d'un constat accablant sur l'effondrement des médiations légitimes.
Écrire, répéter, consigner " sans se lasser ", relève alors d'un devoir de mémoire immédiat, destiné à prévenir l'alibi de l'ignorance, aujourd'hui comme demain.
Car l'histoire, implacable, finit toujours par dresser l'inventaire des silences et par demander des comptes à ceux qui, sachant, n'ont rien fait. En ce sens, la parole qui témoigne n'est pas seulement un acte de dénonciation ; elle est une sommation adressée aux consciences, une ultime tentative pour rappeler que la paix n'est pas une incantation diplomatique, mais une exigence de vérité, de responsabilité et de protection effective des vies humaines.
Tite Gatabazi
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