Par son verbe précis et implacable, il met fréquemment en difficulté ses homologues congolais, tentés par des digressions stratégiques ou des altérations de la réalité, et recadre avec une précision chirurgicale les affirmations du Ministre Patrick Muyaya, imposant à chaque intervention une clarté factuelle qui ne souffre ni approximation ni subterfuge.
La rhétorique officielle déployée par le gouvernement de la République démocratique du Congo au sujet des FDLR semble désormais atteindre ses propres limites, tant les contradictions qu'elle charrie apparaissent manifestes.
Le ministre de la Communication, Patrick Muyaya, se trouve pris au piège d'un discours oscillant entre dénégation, minimisation et altération des faits, au point que la frontière entre communication politique et falsification objective paraît dangereusement ténue.
Rappelons les séquences. Le 21 mars 2024, à l'occasion de la première réunion ministérielle du processus de Luanda, le Vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères de la RDC, Christophe Lutundula, s'était formellement engagé à soumettre un " plan de neutralisation des FDLR ".
Le communiqué final précisait même que, consécutivement à cette neutralisation adverbe introduit à l'initiative de la partie congolaise le Rwanda lèverait ses mesures dites de défense. L'enchaînement logique était clair : neutralisation d'un côté, désescalade de l'autre.
Or, à peine quarante-huit heures plus tard, lors d'une conférence de presse à Kinshasa, le même ministre affirmait que les FDLR n'existaient pas, allant jusqu'à inviter les journalistes à lui en indiquer la localisation. Cette volte-face, aussi abrupte qu'incompréhensible, introduisait une contradiction fondamentale entre l'engagement diplomatique solennel et la parole publique interne.
En septembre 2024, sous coordination des États-Unis d'Amérique, les FARDC envisageaient de frapper des positions des FDLR. L'opération avorta, selon plusieurs sources concordantes, en raison de fuites préalables qui auraient permis aux éléments visés de se soustraire à l'offensive. L'épisode aurait suscité de vives tensions en marge de l'Assemblée générale des Nations unies, révélant un profond malaise parmi les partenaires impliqués.
Malgré ces turbulences, les experts militaires et des renseignements de la RDC, du Rwanda et de la médiation angolaise se réunirent à Luanda le 31 octobre 2024 et adoptèrent un concept d'opérations (CONOPS) détaillant les modalités de neutralisation des FDLR et la levée corrélative des mesures rwandaises de défense.
Ce document stratégique fut entériné le 25 novembre 2024 par les ministres des Affaires étrangères des trois parties, lors de leur sixième réunion ministérielle.
Or, le même jour, des informations faisaient état de réunions de coordination entre des responsables militaires congolais et des éléments FDLR au Nord-Kivu, jetant une ombre troublante sur la sincérité de l'engagement pris. Cette contradiction fut portée à l'attention des homologues concernés lors de la réunion ministérielle suivante, le 14 décembre 2024, comme indice d'un déficit manifeste de volonté politique.
Il n'en demeure pas moins que le CONOPS constitue l'un des acquis structurants du processus de Luanda. Il fut d'ailleurs repris substantiellement dans l'Accord de paix de Washington du 27 juin 2025, puis dans les Accords de Washington pour la Paix et la Prospérité du 4 décembre 2025, conférant à la neutralisation des FDLR un statut central dans l'architecture d'une paix durable à l'est de la RDC.
Dès lors, il peut paraître singulier que, près de deux ans après l'engagement initial, et malgré l'inscription formelle de cet objectif dans des accords internationaux successifs, la communication officielle congolaise persiste à relativiser, voire à contester l'existence et la dangerosité des FDLR. Une telle posture nourrit l'impression d'une préparation progressive de l'opinion à un éventuel manquement aux engagements souscrits.
Enfin, l'argument consistant à invoquer l'âge avancé de certains membres historiques des FDLR pour en minorer la menace relève d'un raisonnement pour le moins spécieux.
Les FDLR ne sauraient être réduites à un reliquat générationnel : elles constituent un groupe armé structuré, capable de renouvellement et d'endoctrinement, dont l'idéologie génocidaire demeure le socle mobilisateur.
À cet égard, certaines déclarations incendiaires entendues sur les antennes nationales à la fin de l'année 2025 ne contribuent guère à dissiper les inquiétudes quant à la porosité idéologique entre segments armés et discours publics.
En définitive, la cohérence diplomatique et la crédibilité internationale se mesurent à l'aune de la constance entre les engagements formels et les actes. Toute dissonance persistante fragilise non seulement la parole de l'État, mais aussi l'espérance d'une paix authentiquement consolidée dans la région des Grands Lacs.
Tite Gatabazi
Source : https://fr.igihe.com/Les-FDLR-et-l-Etat-congolais-ou-une-equation-securitaire-persistante.html
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