Dans l'effondrement du régime Habyarimana alors en proie à la folie génocidaire, de nombreux Hutu impliqués dans ces massacres y compris des miliciens Interahamwe ainsi que des éléments des anciennes Forces armées rwandaises (FAR) ont trouvé refuge dans l'Est de l'actuelle République démocratique du Congo, où ils allaient progressivement reconstituer des structures armées sous la désignation de FDLR.
Ce groupe s'est mué, au fil des décennies, en une force rebelle sévissant dans les provinces du Kivu, poursuivant une guerre contre Kigali et multipliant attaques et exactions contre les populations civiles congolaises et rwandaises.
Ses combattants, nombreux à se réclamer d'un passé de lutte armée, ont longtemps bénéficié d'un abri dans les profondeurs forestières congolaises, exploitant l'absence d'État et les ressources locales pour maintenir leur infrastructure opérationnelle.
Le procès historique de deux de ses principaux dirigeants devant la justice allemande illustre la condamnation croissante que rencontre ce mouvement sur la scène internationale : Ignace Murwanashyaka, président du groupe, et Straton Musoni, son vice président, ont été arrêtés en Allemagne en novembre 2009 et jugés à Stuttgart pour leur rôle de dirigeants d'une organisation terroriste étrangère ainsi que pour leur responsabilité dans des crimes de guerre commis en République démocratique du Congo.
En septembre 2015, Murwanashyaka fut condamné à 13â¯ans d'emprisonnement et Musoni à 8â¯ans pour leur leadership dans ces crimes ; ce jugement fut salué comme une avancée significative dans la lutte contre l'impunité des groupes armés .
Cette condamnation, rendue possible grâce à l'application du Code allemand des Crimes contre le Droit international, qui intègre les crimes définis par le Statut de Rome de la Cour pénale internationale, fut expressément saluée par le Secrétaire général de l'Organisation des Nations unies comme une illustration de la capacité des juridictions nationales à juger des crimes graves même lorsqu'ils sont commis à des milliers de kilomètres de leur siège.
Il n'est pas surprenant, dans cette perspective, que les FDLR figure depuis longtemps sur les radars des institutions internationales comme une organisation dont les actions violent les normes fondamentales du droit international humanitaire et des droits humains.
Bien que les Nations unies ou les États Unis ne publient pas une liste explicite de " groupes terroristes " équivalente à celle que l'on trouve pour certaines organisations sur leur territoire, les condamnations judiciaires et les résolutions du Conseil de sécurité qui désignent la FDLR comme une partie responsable de violences massives en RDC témoignent de sa perception comme entité illégitime et dangereuse.
Ce qui soulève aujourd'hui une interrogation d'une acuité morale saisissante, c'est l'apparente complaisance ou, à tout le moins, l'absence de sanctions effectives contre un régime, celui de Kinshasa qui, selon plusieurs sources concordantes fourni à ce mouvement un appui financier et logistique conséquent pour la mobilisation et la formation des nouvelles recrues après la réunion de Pinga dans le territoire de Walikale.
Ce soutien, destiné officiellement à renforcer les capacités de combat dans le cadre des opérations contre la rébellion du M23, aurait également servi, selon ces officiers, à recycler et armer des éléments des FDLR pour des actions que Kinshasa verrait comme hostiles au Rwanda.
Il est pour le moins paradoxal et moralement troublant que des acteurs internationaux ayant désigné, jugé et condamné les leaders des FDLR pour leur rôle dans des actes terroristes et des crimes graves ne se retrouvent pas davantage alignés pour condamner toute forme de collusion étatique supposée.
Cette situation confère une aura presque schizophrénique à la diplomatie mondiale : d'un côté, elle érige en principes universels la lutte contre le terrorisme et l'impunité des crimes internationaux ; de l'autre, elle manque parfois de cohérence lorsqu'il s'agit de sanctionner ou d'isoler politiquement un État souverain qui entretiendrait, de facto ou de jure, des relations opérationnelles avec un groupe dont les dirigeants ont été reconnus coupables de terrorisme et de crimes de guerre.
Dans une conjoncture régionale aussi volatile que celle des Grands Lacs, où les lignes entre alliés et ennemis se redéfinissent constamment, cette absence de sanction claire de la part des Nations unies ou des États Unis à l'encontre du gouvernement congolais, alors même que des tribunaux internationaux ont jugé et condamné certains de ses partenaires militaires jette une lumière crue sur les dilemmes et incohérences de l'ordre international.
Elle pose une question essentielle : comment concilier, de manière authentique et effective, les impératifs universels de justice avec les intérêts géopolitiques qui continuent de dicter les politiques de puissance dans la région.
Tite Gatabazi
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