En l'état, cette information apparaît incomplète, voire réductrice, en ce qu'elle omet délibérément un pan essentiel de la réalité opérationnelle sur le terrain : les difficultés manifestes rencontrées par ces mercenaires et l'échec relatif de leur engagement face à un adversaire aguerri et déterminé.
Contrairement à l'image de puissance technologique et d'efficacité tactique souvent associée aux sociétés militaires privées, des rumeurs persistantes relayées avec insistance, plusieurs cercles informés font état de la capture de certains de ces contractuels sur le champ de bataille.
Si ces informations venaient à être confirmées, elles constitueraient un camouflet majeur pour le pouvoir de Kinshasa, révélant le décalage entre l'investissement financier colossal consenti pour recruter ces forces étrangères et les résultats concrets obtenus. Loin de renforcer la posture sécuritaire de l'État, cette sous-traitance armée exposerait au contraire les failles structurelles de la stratégie militaire adoptée.
Cette situation met en lumière une illusion dangereuse : celle selon laquelle le recours à des mercenaires, réputés mieux équipés et plus expérimentés, pourrait compenser les insuffisances d'une armée nationale fragilisée. Or, l'histoire récente démontre que l'efficacité militaire ne se décrète pas à coups de contrats privés ; elle repose sur la cohérence doctrinale, la légitimité politique et l'adhésion des forces engagées à un projet national clairement défini.
Un fardeau juridique et politique aux conséquences lourdes
Au-delà de l'échec opérationnel potentiel, l'usage de mercenaires soulève une question juridique d'une gravité particulière. Le droit international, à travers plusieurs conventions et principes largement reconnus, condamne explicitement le recours à des forces mercenaires, perçues comme des acteurs déstabilisateurs, étrangers à toute chaîne de responsabilité démocratique et à tout contrôle citoyen.
En s'engageant sur cette voie, le pouvoir de Félix Tshisekedi s'expose à une mise en cause sérieuse de sa crédibilité internationale, déjà fragilisée par un contexte sécuritaire et politique tendu.
Si des captures ont effectivement eu lieu, elles placeraient Kinshasa dans une posture particulièrement inconfortable. D'un côté, elles révéleraient l'inefficacité d'un investissement lourd, tant financièrement que symboliquement ; de l'autre, elles ouvriraient la porte à des manuvres diplomatiques et médiatiques complexes, visant à dissimuler ou minimiser un épisode potentiellement explosif.
Le silence qui entoure ces rumeurs, loin de dissiper les doutes, alimente l'hypothèse d'un secret pesant, entretenu pour éviter un scandale aux répercussions multiples.
Les jours à venir seront déterminants. Ils pourraient lever le voile sur une réalité que certains s'emploient à maintenir dans l'ombre : celle d'un recours aux mercenaires non seulement juridiquement contestable, mais stratégiquement contre-productif.
Dans un conflit où la légitimité, la souveraineté et la responsabilité étatique sont au cur des enjeux, la privatisation de la guerre apparaît moins comme une solution que comme un aveu d'impuissance.
En définitive, l'épisode d'Uvira pourrait s'imposer comme un révélateur brutal : celui des limites d'une approche sécuritaire fondée sur la délégation armée et sur la croyance, désormais démentie par les faits, qu'une guerre peut se gagner par contrats interposés.
Tite Gatabazi
Source : https://fr.igihe.com/L-illusion-de-la-sous-traitance-militaire.html
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