Elle déchire le voile commode derrière lequel le pouvoir tente parfois de se draper pour se donner les atours de la neutralité, après avoir participé aux mécanismes mêmes de la déstabilisation.
Car enfin, de quelle autorité morale peut se prévaloir celui qui, par ses décisions hasardeuses, ses alliances ambiguës ou ses silences calculés, a contribué à nourrir les tensions qu'il prétend aujourd'hui apaiser ?
L'arbitrage authentique suppose une extériorité réelle, une hauteur de vue incontestable et une distance morale à l'égard des faits et des acteurs en cause.
Il ne saurait s'exercer sans la confiance explicite des parties concernées ni sans l'adhésion, fût-elle minimale, de l'opinion publique, seule garante de la crédibilité de la démarche. Il exige enfin et surtout une intégrité demeurée intacte, à l'abri des compromissions originelles, des calculs politiciens et des renoncements successifs.
Or, à l'épreuve de ces exigences élémentaires, le pouvoir de Félix Tshisekedi apparaît singulièrement défaillant : ni extérieur aux dynamiques de la crise, ni élevé au-dessus des intérêts qu'il a lui-même nourris, ni suffisamment distant pour inspirer la confiance, il ne satisfait à aucune des conditions fondamentales de l'arbitrage légitime, transformant ainsi toute prétention à ce rôle en une posture creuse, dépourvue d'autorité morale et de crédibilité politique.
Or l'on ne s'élève pas au-dessus d'un incendie que l'on a soi-même attisé. On ne devient pas juge d'un désordre que l'on a contribué à engendrer. En tentant de le faire, on s'expose à l'accusation d'imposture politique et cette accusation, dans une démocratie fragile, n'est pas anodine : elle érode la confiance, fragilise les institutions et nourrit le cynisme populaire.
Responsabilité, mémoire et exigence démocratique
La déclaration de Delly Sesanga renvoie, en filigrane, à une vérité fondamentale : la mémoire politique est tenace. Les peuples n'oublient pas indéfiniment les décisions, les revirements, les calculs qui ont précédé les crises. La légitimité ne se reconstruit pas par une simple déclaration d'intention ou par une mise en scène d'autorité. Elle suppose un examen de conscience, une reconnaissance des responsabilités, voire un courage politique rare : celui d'admettre sa part dans le désordre avant de prétendre le corriger.
Dans le cas présent, la charge est d'autant plus lourde qu'elle interroge la cohérence du leadership. Peut-on, sans contradiction manifeste, participer à la polarisation du débat public, à la fragilisation des équilibres institutionnels ou à l'entretien de tensions latentes, puis se présenter comme l'ultime recours, le garant suprême de la stabilité ? Une telle posture confine au paradoxe, sinon à la stratégie de réécriture des faits.
La RDC ne se satisfait plus d'effets d'annonce ni de postures solennelles. Elle exige une responsabilité continue, une constance morale et une fidélité à l'intérêt général. Celui qui aspire à l'arbitrage doit d'abord démontrer qu'il n'a pas biaisé le jeu. Faute de quoi, l'arbitre se transforme en partie prenante et la médiation en simulacre.
La phrase de Delly Sesanga dépasse ainsi la personne qu'elle vise. Elle pose une question de principe : dans une République confrontée à des crises récurrentes, la légitimité procède-t-elle de la fonction seule, ou de l'exemplarité de l'action ? Si la réponse est la seconde, alors nul ne peut s'exonérer du poids de ses actes en endossant, à sa convenance, le manteau de l'impartialité.
En politique, l'autorité ne s'autoproclame pas. Elle se mérite ou elle se perd.
Tite Gatabazi
Source : https://fr.igihe.com/L-imposture-de-l-arbitre-autoproclame-en-RDC.html
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