Sous couvert de coopération multilatérale et de transition énergétique, l'administration américaine poursuit un objectif limpide : réduire sa dépendance à la Chine et sécuriser, par des mécanismes anticipés et structurés, ses chaînes d'approvisionnement en minerais stratégiques, devenus l'ossature invisible de la puissance industrielle et militaire contemporaine.
L'annonce préalable par le président américain d'un plan de douze milliards de dollars destiné à constituer une réserve nationale de minerais illustre cette logique de prévoyance souveraine. Il ne s'agit pas d'une initiative improvisée, mais d'un jalon supplémentaire dans une stratégie patiemment élaborée, combinant diplomatie, finance et contrôle des actifs miniers.
La création, dès 2025, de l'Orion Critical Mineral Consortium, doté initialement de 600 millions de dollars puis renforcé par une levée additionnelle de 1,2 milliard, témoigne de cette capacité à mobiliser rapidement des capitaux considérables au service d'un objectif national clairement identifié.
Les discussions engagées autour de prises de participation dans les mines de Mutanda et de Kolwezi matérialisées par un protocole d'accord prévoyant la cession de 40 % des actifs de Glencore à ce consortium s'inscrivent dans cette même cohérence stratégique.
Les partenaires occidentaux ne s'y trompent pas : ils sécurisent leurs intérêts à long terme, verrouillent l'accès aux ressources critiques et s'assurent une influence durable sur des segments clés de l'économie mondiale.
À Washington, chaque engagement est pensé comme un investissement géopolitique, chaque signature comme une pièce supplémentaire dans l'architecture de la puissance.
La RDC en posture de dépendance : la diplomatie des minerais comme expédient de survie politique
Face à cette orchestration rigoureuse des intérêts étrangers, la posture de la délégation congolaise apparaît, hélas, d'une inquiétante fragilité. Le protocole d'accord signé avec la RDC, présenté comme une opportunité historique, ressemble davantage à une répétition de scénarios déjà connus, où la promesse de partenariats stratégiques dissimule mal une asymétrie structurelle profondément défavorable aux intérêts nationaux congolais.
Ce qui frappe, au-delà des chiffres et des annonces, c'est l'absence d'une vision souveraine clairement articulée. Là où les autres partenaires avancent avec des stratégies consolidées, adossées à des instruments financiers puissants et à une doctrine de sécurité économique assumée, Kinshasa semble naviguer à vue, transformant des accords engageant l'avenir du pays en instruments conjoncturels de légitimation politique.
Ces arrangements commerciaux, sur lesquels le président Félix Tshisekedi paraît miser pour assurer sa survie politique immédiate, relèvent moins d'une politique industrielle réfléchie que d'un expédient dicté par l'urgence.
Il s'agit là d'un contresens majeur, voire d'une anomalie historique. Les minerais critiques, loin d'être un simple levier diplomatique, constituent l'un des rares atouts structurels dont dispose la RDC pour refonder son rapport au monde.
Les engager sans contreparties robustes en matière de transformation locale, de transfert de technologies, de souveraineté décisionnelle et de sécurisation des revenus nationaux revient à hypothéquer l'avenir pour prolonger un présent politique incertain.
En définitive, tandis que les grandes puissances sécurisent leurs intérêts avec méthode, discipline et projection à long terme, la RDC donne le sentiment de brader les siens dans une logique de survie politique immédiate.
L'histoire, pourtant, est riche d'exemples similaires, et elle enseigne invariablement la même leçon : lorsqu'un État traite ses ressources stratégiques comme une monnaie d'échange conjoncturelle, ce ne sont jamais les peuples qui en récoltent les dividendes, mais toujours les puissances qui ont su penser, prévoir et verrouiller leurs intérêts.
Tite Gatabazi
Source : https://fr.igihe.com/Quand-les-puissances-organisent-la-captation-des-ressources.html
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