Un artiste au service de la réconciliation

Né en 1981, survivant du génocide contre les Tutsi de 1994, Kizito Mihigo s'était imposé comme l'une des voix les plus singulières du Rwanda contemporain. Formé à la musique classique en Europe, il alliait liturgie catholique, harmonies chorales et rythmes traditionnels rwandais. Ses compositions, portées par une profonde spiritualité, appelaient à l'unité nationale et à la guérison des blessures de l'histoire.

À travers la Kizito Mihigo Foundation, il multipliait les initiatives en faveur de la paix, notamment auprès des jeunes. Ateliers, concerts pédagogiques et rencontres communautaires traduisaient une conviction : la réconciliation ne peut être durable sans dialogue et reconnaissance mutuelle des souffrances.

La controverse et la chute

En 2014, l'artiste est arrêté puis condamné pour complot contre les autorités et collaboration présumée avec des groupes hostiles au régime du président Paul Kagame. Ses soutiens dénoncent un procès politique ; les autorités, elles, invoquent la sûreté de l'État.

Sa chanson " Igisobanuro cy'Urupfu ", perçue par certains comme une tentative d'élargir la mémoire des victimes à toutes les communautés touchées par les violences, cristallise les tensions. Pour les uns, il s'agissait d'un plaidoyer pour une compassion universelle ; pour les autres, d'une remise en question du récit officiel.

Le 17 février 2020, sa mort en détention, officiellement qualifiée de suicide par les autorités, provoque une onde de choc. Des organisations internationales de défense des droits humains réclament alors des enquêtes indépendantes. Six ans après, les interrogations persistent dans une partie de l'opinion.

Témoignages et mémoire vivante

À Kigali comme dans la diaspora, des messes, des concerts commémoratifs et des publications en ligne rappellent chaque année son héritage musical. " Il chantait pour guérir les cœurs ", confie un ancien collaborateur de sa fondation. D'autres évoquent un homme réservé, mais déterminé, convaincu que la musique pouvait devenir un instrument de transformation sociale.

Pour nombre de jeunes artistes rwandais et africains, Kizito Mihigo demeure un modèle de cohérence entre foi, art et engagement civique. Son parcours illustre à la fois la puissance et la fragilité de la parole artistique dans des contextes politiques sensibles.

Un modèle et un défi pour l'avenir

Au-delà de la controverse, l'héritage de Kizito Mihigo interroge la place de l'artiste dans la cité. Peut-on chanter la paix sans heurter les lignes de fracture d'une société encore marquée par son histoire récente ? Jusqu'où la liberté d'expression peut-elle s'exercer dans des États soucieux de stabilité ?

Six ans après sa disparition, son œuvre continue de circuler, ses partitions sont reprises dans les chorales, et ses textes nourrissent la réflexion sur la mémoire inclusive et la consolidation de la paix.

Kizito Mihigo reste ainsi une figure à la fois lumineuse et complexe : celle d'un musicien dont la voix, même éteinte, continue de résonner dans le débat public.

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Source : https://kivuavenir.com/rwanda-six-ans-apres-sa-mort-la-voix-de-kizito-mihigo-resonne-encore/