A entendre certains discours, il suffirait de modifier la Constitution pour conjurer les difficultés économiques, apaiser les tensions sociales et mettre un terme à la paupérisation qui frappe une grande partie de la population. Une telle affirmation relève cependant d'une illusion politique aussi séduisante qu'elle est trompeuse.
La loi fondamentale d'un État, si essentielle soit-elle pour organiser l'équilibre des pouvoirs, encadrer l'exercice de l'autorité et consacrer les droits et libertés des citoyens, ne possède en elle-même aucune vertu thaumaturgique.
Elle ne saurait, par la seule force de ses dispositions, dissiper les désordres économiques ni corriger les injustices sociales qui traversent une nation. L'histoire politique des États modernes enseigne avec constance que la prospérité d'un peuple ne naît pas d'un simple amendement constitutionnel, mais d'une gouvernance rigoureuse, d'institutions crédibles et d'une vision économique orientée vers la production, la justice sociale et la dignité humaine.
La lutte contre la paupérisation ne se décrète pas dans les seules pages d'un texte constitutionnel ; elle se construit patiemment à travers des politiques publiques cohérentes, des choix économiques lucides et une administration animée par le sens de l'intérêt général.
Sans ces conditions essentielles, toute réforme constitutionnelle, aussi solennelle soit-elle, risque de demeurer une proclamation abstraite, dépourvue de prise réelle sur les souffrances quotidiennes des populations.
C'est pourquoi le débat sur la révision de la Constitution en République démocratique du Congo gagnerait à être abordé avec une lucidité plus exigeante. Car le véritable problème ne réside pas tant dans la nature du régime lui-même que dans la qualité des acteurs qui l'animent et lui donnent vie au quotidien.
Les institutions, aussi bien conçues soient-elles, ne prennent leur véritable sens qu'à travers ceux qui les incarnent. Elles demeurent tributaires de la probité, de la compétence et du sens de l'État des femmes et des hommes appelés à les servir.
Aucune architecture institutionnelle, aussi élégante et équilibrée soit-elle sur le papier, ne peut produire par elle-même la vertu publique. Elle ne peut engendrer ni l'intégrité morale ni la responsabilité politique. Ce sont les dirigeants, par leur conduite et leurs choix, qui confèrent aux institutions leur crédibilité et leur efficacité. Lorsque surgissent les dérives, les abus de pouvoir ou les dysfonctionnements de l'appareil d'État, il serait donc intellectuellement commode mais politiquement insuffisant d'en imputer la responsabilité exclusive au régime.
Le plus souvent, les difficultés procèdent moins du cadre institutionnel que des pratiques politiques, des comportements individuels et des ambitions personnelles de ceux qui exercent les responsabilités publiques. Là réside le cur du problème : dans l'écart parfois vertigineux entre les principes proclamés et la manière dont ils sont appliqués.
Ainsi, vouloir faire croire que la modification de la Constitution entraînera mécaniquement la fin de la misère sociale revient à substituer le symbole à l'action et l'illusion juridique à la transformation concrète des conditions de vie.
Une nation ne se relève pas par la seule manipulation de ses textes fondateurs ; elle se relève par la force d'une gouvernance responsable, par la discipline institutionnelle et par une volonté politique authentiquement tournée vers le bien commun.
En définitive, le destin d'un système politique ne dépend pas uniquement de ses lois fondamentales, mais bien davantage de la hauteur morale et de la vision des acteurs qui les mettent en uvre. Car ce ne sont pas les institutions qui élèvent ou dégradent une nation : ce sont les hommes qui les habitent. Et c'est peut-être là, bien plus que dans la lettre de la Constitution, que se joue l'avenir politique et social de la République démocratique du Congo.
Tite Gatabazi
Source : https://fr.igihe.com/Debat-sur-la-revision-de-la-Constitution-en-RDC.html
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