À la lecture des publications de certaines autorités belges et françaises sur les réseaux sociaux, il apparaît avec une clarté inquiétante qu'elles cherchent avant tout à ménager leur protégé.

Leur langage demeure ambigu, vague, général, et se contente de condamner " tout le monde " et " personne à la fois ". Cette rhétorique, séduisante dans sa neutralité apparente, déresponsabilise et endort les consciences, offrant au pouvoir congolais une impunité de fait.

Le sentiment qui en émane est celui d'un parent tentant de protéger un enfant fou et capricieux, vivant à proximité mais armé du glaive, capable de vous arracher ce qui vous est le plus cher vos enfants, votre sécurité, vos biens et qui a déjà commencé à le faire.

Après avoir déployé drones et bombardements, on attend maintenant la mise en scène attendue : le déni solennel de la provenance des frappes, accompagné de condoléances formelles à l'égard des familles françaises et, peut-être, congolaises.

Lorsque des civils congolais sont massacrés à Minembwe, Masisi (Rubaya, Mushaki) ou ailleurs, ces crimes sont célébrés avec ostentation par les auteurs. Les responsables se félicitent de leurs exploits, se glorifiant dans une mise en scène quasi ritualisée. Mais dès qu'une victime européenne tombe sous les bombes, l'initiative se transforme en hésitation, en recul calculé, en spéculations absurdes et décousues. C'est la preuve éclatante d'une irresponsabilité structurelle et d'une éthique politique défaillante.

Dans ce contexte, l'embarras de la communauté internationale est patent. Sa crédibilité s'érode dans les opinions publiques de la région et au-delà, en Afrique notamment, où les populations ont appris à reconnaître les deux poids, deux mesures et savent désormais que le monde est régi par les intérêts et non par le droit international.

Cette conscience aiguë, désormais profondément enracinée dans les sociétés de la région des Grands Lacs, naît d'une observation lucide et répétée : le monde extérieur, sous couvert de principes universels, applique des critères différenciés selon les intérêts stratégiques des puissances.

Les populations locales, confrontées à cette réalité, comprennent que le recours aux mécanismes internationaux qu'il s'agisse des Nations unies ou de leurs agences affiliées ne garantit ni protection, ni justice, ni réparation effective. Cette lucidité, amère mais nécessaire, les conduit à repenser leur rapport à l'ordre mondial, non plus comme des bénéficiaires passifs de la légitimité internationale, mais comme des acteurs devant assurer eux-mêmes leur sécurité et celle de leurs communautés.

De cette prise de conscience découle une transformation pragmatique de leur comportement collectif et individuel. Privées de recours fiables et confrontées à la répétition des injustices, ces populations se voient contraintes de mobiliser leurs propres ressources, de structurer des systèmes d'alerte, de protection et de justice internes, et de créer des réseaux de solidarité pour faire face aux menaces quotidiennes.

Loin de se résigner, elles développent ainsi une résilience stratégique et une autonomie qui, paradoxalement, émergent du délaissement et de la faillite apparente de l'action internationale. Cette dynamique illustre que, dans un contexte où le droit international est instrumentalisé ou contourné, la survie et la dignité deviennent des responsabilités que l'on s'assigne à soi-même, et non plus des garanties offertes par des institutions étrangères.

À terme, tout enfant gâté ou tout adulte refusant de mûrir, convaincu d'un droit à tout et prenant plaisir à jouer avec le feu, finira par se brûler. Les minerais, la corruption, le cynisme et les pratiques abusives ne suffisent pas à conjurer les conséquences de l'arrogance et de l'imprudence.

Dans ce contexte, l'État congolais et ses alliés découvrent, à leur détriment, que la brutalité et l'impunité ont des limites, et que la patience stratégique et la vigilance régionale finiront par redéfinir les équilibres.

L'embarras de la communauté internationale est évident, sa crédibilité s'érode face aux populations africaines conscientes des doubles standards et des intérêts qui gouvernent le monde

Tite Gatabazi



Source : https://fr.igihe.com/La-desillusion-internationale.html