En quelques jours, le pouvoir de Kinshasa a transformé un début d'ascendant diplomatique en un handicap majeur, victime d'une double erreur dont l'impact stratégique se mesure à l'échelle régionale. La première erreur réside dans l'affaire Jean-Luc Habyarimana, personnage emblématique portant le patronyme de l'architecte du génocide contre les Tutsi et revendiquant publiquement l'héritage de son père.

Ses apparitions à Kinshasa, entouré de gardes du corps de la Garde républicaine, unité d'élite sous commandement direct du président Félix Tshisekedi et circulant dans des véhicules estampillés PR, révèlent une collusion inquiétante, et rouvrent des plaies mémorielles que l'on croyait refermées.

Dans la région, le nom de Habyarimana n'est nullement neutre : il est porteur d'une mémoire politique lourde et d'une charge émotionnelle considérable.

La seconde erreur est d'ordre militaire et humanitaire. La frappe de drone menée le 11 mars 2026 à Goma tuant Mme Buisset, employée française de l'UNICEF, provoquant une onde de choc diplomatique immédiate. L'ONU, la France, la Belgique et l'Union européenne ont condamné cette opération et la mission onusienne a rappelé que les attaques contre son personnel peuvent relever de crimes de guerre.

Ce ne sont plus de simples considérations militaires qui sont en jeu : la question dépasse désormais le cadre opérationnel et prend une dimension morale, diplomatique et pénale. La perception internationale est déjà gravement compromise : frappe urbaine, victimes civiles, personnel humanitaire touché, vocabulaire onusien d'une extrême gravité. Kinshasa, en quelques jours, a transformé un avantage diplomatique potentiel en un boulet.

L'émotion contre l'intelligence stratégique

La combinaison de ces deux séquences, la mise en scène médiatique et mémorielle de Habyarimana et la frappe meurtrière sur Goma renforce la position de Rwanda, confortant ses mesures défensives et légitimant son narratif sécuritaire.

Le pouvoir congolais, en confondant démonstration de force et intelligence stratégique, a offert à l'AFC/M23 des arguments qu'il ne fallait en aucun cas lui restituer. Dans la guerre des Grands Lacs, la défaite ne résulte pas toujours de la supériorité de l'adversaire ; elle survient aussi lorsque l'on se prive de réflexion stratégique et que l'on agit sous l'emprise de l'émotion.

Or, agir sous le coup de l'émotion, sans anticipation ni mesure, se révèle toujours contre-productif, aggravant les conséquences et compromettant durablement la position de celui qui croit commander les événements. Kinshasa en fournit aujourd'hui l'exemple saisissant.

Le pouvoir de Kinshasa a transformé un début d'ascendant diplomatique en un handicap majeur, victime d'une double erreur dont l'impact stratégique se mesure à l'échelle régionale

Tite Gatabazi



Source : https://fr.igihe.com/La-double-faute-strategique-de-Tshisekedi.html