Cette industrie de l'influence, parfaitement légale et méthodiquement structurée, est devenue pour certains chefs d'État africains un recours quasi liturgique. On y investit des sommes faramineuses avec la foi de l'orant, espérant que, par le truchement d'une firme bien introduite, la diplomatie se pliera aux desiderata nationaux.

Le président Félix Tshisekedi semble avoir fait de ce mécanisme un axe cardinal de sa stratégie. A en croire des sources proches de la présidence congolaise, l'idée d'une modification constitutionnelle en République démocratique du Congo serait aujourd'hui travaillée avec insistance dans les cercles d'influence américains.

L'objectif ? Faire accepter, sinon légitimer, l'hypothèse d'un maintien au pouvoir au-delà de l'échéance constitutionnelle de 2028, au motif que la guerre et les convulsions sécuritaires auraient entravé la pleine réalisation du mandat.

Les lobbyistes s'emploieraient, dit-on, à présenter cette perspective comme une nécessité pragmatique, un impératif de stabilité dans une région tourmentée. Les moyens financiers seraient mobilisés sans parcimonie ; rien ne serait laissé au hasard. On promet des rencontres au sommet, on laisse miroiter un tête-à-tête avec le président Donald Trump et l'on entretient l'idée que le salut politique pourrait jaillir d'une bénédiction américaine.

Mais cette quête effrénée d'une onction extérieure révèle une illusion plus profonde : celle qui consiste à croire que la légitimité nationale peut se négocier dans les couloirs d'une puissance étrangère.

Constitution, coopération et mirage stratégique

Il convient d'inscrire cette dynamique dans un contexte plus large. Les récents Accords de Washington ont ouvert un nouveau chapitre de coopération militaire et d'échanges de renseignements entre Washington et Kinshasa. La collaboration sécuritaire s'est intensifiée, notamment en matière de formation, de partage d'informations stratégiques et de coordination dans la lutte contre les groupes armés qui déstabilisent l'Est du Congo. Cette convergence d'intérêts, dictée par des impératifs régionaux, ne saurait toutefois être confondue avec un blanc-seing politique.

Car au Sénat américain, les réticences seraient vives. Le respect de la Constitution congolaise et donc l'achèvement du mandat présidentiel en 2028, y serait perçu comme une ligne rouge intangible. L'establishment, toutes sensibilités confondues, demeure attaché au principe de l'alternance et à la stabilité institutionnelle comme gage de crédibilité internationale.

Miser sur une bienveillance partisane en l'occurrence sur certains élus démocrates pour infléchir cette position relève d'un pari incertain, sinon périlleux.

La tentation est pourtant grande, lorsque le pouvoir devient une hantise et que la conservation de l'autorité se mue en obsession. La guerre, argument commode, peut servir de justification à des prorogations exceptionnelles. Mais l'exception, en démocratie, ne saurait devenir la règle sans altérer le fondement même de la légitimité.

La venue du président congolais aux États-Unis, à l'occasion des obsèques du révérend Jesse Jackson, décédé le 17 février, offrira sans doute l'occasion de rencontres et de consultations discrètes. Cependant, une cérémonie funèbre, si solennelle soit-elle, ne saurait se transformer en conclave constitutionnel.

Il est une vérité que l'histoire enseigne avec constance : aucune somme versée à des cabinets d'influence, aucun entretien arraché dans un bureau ovale, aucune coopération sécuritaire ne peut durablement suppléer la légitimité que confère le respect scrupuleux des textes fondamentaux.

La Constitution n'est pas une variable d'ajustement diplomatique ; elle est le pacte originaire entre un peuple et ses gouvernants.

A force de chercher dans les capitales étrangères l'aval d'une prolongation, on risque d'oublier que le véritable arbitre demeure le peuple souverain. Et que le pouvoir, lorsqu'il devient une fin en soi, finit souvent par se dérober à ceux qui s'y accrochent avec trop d'ardeur.

La Constitution n'est pas une variable d'ajustement diplomatique ; elle est le pacte originaire entre un peuple et ses gouvernants

Tite Gatabazi



Source : https://fr.igihe.com/La-tentation-americaine-ou-l-illusion-d-un-salut-importe.html