A Kisangani, au camp Général Bauma, le général Jacques Ychaligonza, commandant adjoint de l'état-major général, a solennellement proclamé une opération présentée comme " garantie " et suivie par la communauté internationale, jusqu'à l'aboutissement ultime du rapatriement des éléments concernés vers leur pays d'origine.
Une telle rhétorique, ferme dans sa formulation vise à signifier la fin d'une alliance à l'égard de groupes armés étrangers opérant depuis des décennies dans l'Est de la République démocratique du Congo.
Toutefois, la répétition des annonces passées, souvent suivies de résultats partiels ou différés, impose une lecture prudente de cette nouvelle séquence. Dans les faits, la crédibilité d'une telle opération ne saurait se mesurer à la solennité de son lancement, mais exclusivement à la constance de son exécution et à la durabilité de ses effets sur le terrain.
Entre héritage des ambiguïtés et exigence de résultats : le test décisif de la volonté politique
L'un des traits les plus marquants de ce dossier réside dans la perception prolongée d'une forme de gestion équivoque, où les FDLR ont, tour à tour, été présentés comme menace sécuritaire, variable diplomatique ou levier d'ajustement dans des équations régionales complexes.
Cette plasticité stratégique a nourri, au fil du temps, une impression de stagnation, sinon d'instrumentalisation, qui fragilise aujourd'hui toute nouvelle initiative.
Les déclarations du général Ychaligonza, insistant sur une opération désormais " suivie par tous ", y compris par la communauté internationale, et adossée à des cadres diplomatiques tels que l'accord de Washington entre la RDC et le Rwanda, traduisent la volonté de repositionner l'action militaire dans une architecture régionale plus lisible.
Toutefois, la question demeure entière : cette dynamique marque-t-elle une rupture réelle avec les hésitations passées, ou s'agit-il d'une itération supplémentaire dans une longue série d'engagements annoncés puis partiellement différés ?
A ce stade, la prudence analytique s'impose. Car au-delà des proclamations, c'est la capacité effective à désarmer, neutraliser ou rapatrier ces combattants qui constituera l'unique critère de jugement.
Les États ne se mesurent pas à la vigueur de leurs déclarations, mais à la cohérence de leurs résultats. Ainsi, si cette opération venait à se traduire en actes durables et vérifiables, elle pourrait marquer un tournant significatif dans la stabilisation sécuritaire de l'Est congolais ; dans le cas contraire, elle rejoindrait le registre déjà bien fourni des promesses ajournées de l'histoire sécuritaire régionale.
Tite Gatabazi
Source : https://fr.igihe.com/La-traque-des-FDLR-par-les-alliees-FARDC.html
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