A l'heure où le pouvoir en République démocratique du Congo semble déterminée à ouvrir le chantier sensible de la révision constitutionnelle, la voix des archevêques et évêques congolais s'élève avec gravité, rappelant que toute entreprise de cette nature ne saurait se concevoir en dehors des exigences de prudence, de consensus et de stabilité nationale.
Réunis en Assemblée plénière extraordinaire à Kinshasa du 23 au 25 mars 2026, les membres de la CENCO ont, par la voix de leur secrétaire général, Donatien Nshole, réaffirmé une position à la fois nuancée et ferme.
Certes, nul ne conteste que la révision constitutionnelle relève d'un mécanisme prévu par la loi fondamentale elle-même, laquelle en encadre les modalités et en délimite les bornes. Mais la légalité formelle ne saurait suffire à légitimer une initiative dont l'opportunité politique et morale apparaît, dans le contexte actuel, profondément discutable.
Le péril d'une réforme sans consensus
Car c'est bien là le cur de l'avertissement épiscopal : ouvrir le chantier constitutionnel dans un climat marqué par l'insécurité persistante, les tensions politiques et l'absence de consensus national relèverait d'une imprudence majeure, sinon d'un pari hasardeux sur l'avenir institutionnel du pays.
Une Constitution, en effet, n'est pas un instrument malléable au gré des conjonctures ou des intérêts partisans ; elle constitue le socle intangible du pacte républicain, dont toute altération exige une adhésion large et sincère des forces vives de la nation.
En qualifiant une telle initiative de " hasardeuse ", la CENCO ne se livre pas à une posture d'opposition systématique, mais assume pleinement son rôle de conscience critique de la nation.
Elle rappelle, avec une rare clarté, que la priorité du moment ne réside pas dans une reconfiguration des équilibres institutionnels, mais dans la restauration de la sécurité, de la cohésion nationale et de la confiance entre gouvernants et gouvernés.
Dans un pays où les fractures demeurent vives et les défis multiples, toute réforme constitutionnelle entreprise sans consensus risquerait d'exacerber les tensions existantes, voire de compromettre davantage la stabilité déjà fragile de l'État.
L'histoire politique du continent africain, riche d'expériences parfois douloureuses, enseigne que les révisions constitutionnelles mal préparées ou perçues comme opportunistes sont souvent les prémices de crises plus profondes.
Ainsi, en s'érigeant en rempart face à une initiative jugée prématurée, la CENCO ne défend pas seulement une position institutionnelle : elle protège l'idée même d'un ordre constitutionnel fondé sur la légitimité, la prudence et le consentement collectif.
A l'heure des choix décisifs, cette voix, à la fois morale et politique, pourrait bien s'avérer déterminante pour préserver l'essentiel : la stabilité et l'avenir de la nation congolaise.
Tite Gatabazi
Source : https://fr.igihe.com/Un-contrepoids-moral-face-aux-tentations-du-pouvoir.html
0 Commentaires