La question mérite davantage qu'une réponse émotionnelle. Elle exige une réflexion lucide, débarrassée des appartenances politiques, des slogans de campagne et des passions suscitées par un conflit qui meurtrit particulièrement l'Est du pays.

Élu à la magistrature suprême en 2019 puis reconduit en 2023, Félix Tshisekedi incarne la légitimité institutionnelle issue des urnes. Son mandat s'est inscrit dans un contexte particulièrement complexe, marqué par une recrudescence des violences armées, une crise humanitaire persistante, des tensions diplomatiques régionales et d'importants défis économiques. Si certaines réformes institutionnelles et diplomatiques peuvent être mises à son actif, beaucoup de Congolais continuent néanmoins d'attendre des résultats plus tangibles en matière de sécurité, de justice sociale, de lutte contre la corruption et d'amélioration des conditions de vie.

Face à lui, Corneille Nangaa, ancien président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), s'est imposé comme une figure majeure de l'opposition armée en prenant la tête d'une coalition politico-militaire. Il affirme vouloir libérer le pays d'un système qu'il juge défaillant. Cependant, cette ambition soulève une interrogation fondamentale : une libération obtenue par les armes peut-elle durablement réconcilier une nation déjà profondément divisée ? L'histoire contemporaine de la RDC montre que les victoires militaires ne suffisent pas à reconstruire un État, encore moins à restaurer la confiance entre gouvernants et gouvernés.

La véritable crise congolaise dépasse largement l'affrontement entre deux personnalités. Elle révèle les limites d'institutions encore fragiles, l'ampleur des fractures sociales, les effets persistants des conflits armés et les conséquences d'une gouvernance qui peine à répondre aux aspirations de millions de citoyens.

En réalité, le peuple congolais ne réclame ni un homme providentiel ni un sauveur autoproclamé. Il aspire avant tout à vivre dans un État où la sécurité n'est plus un privilège, où la justice ne dépend pas des rapports de force, où les richesses nationales profitent effectivement à la population et où la démocratie se consolide par des institutions fortes plutôt que par des affrontements permanents.

La libération de la RDC ne viendra pas uniquement d'un changement de dirigeant. Elle passera par la restauration de l'autorité de l'État sur l'ensemble du territoire, la professionnalisation des forces de défense et de sécurité, une justice indépendante, la lutte résolue contre la corruption, le développement économique et une volonté sincère de réconciliation nationale.

L'Histoire jugera Félix Tshisekedi sur les résultats de son action gouvernementale. Elle jugera également Corneille Nangaa sur les conséquences politiques, sécuritaires et humaines des choix qu'il aura posés. Mais, au-delà de ces deux trajectoires, c'est le destin de plus de cent millions de Congolais qui demeure en jeu.

Au fond, la véritable question n'est peut-être pas de savoir qui libérera les Congolais. La véritable urgence consiste à construire une République où plus aucun Congolais n'aura besoin d'être " libéré " de la guerre, de la misère, de l'injustice ou de la peur. C'est cette victoire-là qui mérite d'être recherchée, parce qu'elle seule pourra réconcilier durablement la Nation avec son avenir.

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