Pour comprendre pourquoi le chef de l'État a fini par déployer une task force et des milliers de bâtisseurs, il faut regarder les chiffres. Ceux d'une capitale qui grandit plus vite qu'elle ne se gère, et que ses propres déchets finissent par noyer.
Kinshasa compte plus de 17 millions d'habitants, selon la Banque mondiale, et croît de 4 à 5 % par an. Au rythme actuel, la mégapole pourrait approcher les 30 millions d'habitants en 2030 et ravir à Lagos le rang de plus grande ville d'Afrique. Or l'aménagement ne suit pas : selon la Banque mondiale, à peine 6,4 % de la superficie de la ville correspond à des quartiers correctement desservis.
| Indicateur | Chiffre | Source |
|---|---|---|
| Population de Kinshasa | plus de 17 millions | Banque mondiale, 2025 |
| Déchets produits par jour | â 8 400 tonnes | ONU-Habitat |
| Taux de collecte des déchets | â 25 % | ONU-Habitat |
| Morts, inondations d'avril 2025 | 33 | Ministère de l'Intérieur |
| Sinistrés à Kinshasa, janvier 2024 | 79 000 (96 M USD de dégâts) | OCHA / Banque mondiale |
| Bâtisseurs déployés (juin 2026) | 4 000 à 5 000, sur 90 jours | Service national |
La montagne d'ordures est le symptôme le plus visible. Kinshasa produit environ 8 400 tonnes de déchets par jour, dont près des deux tiers de matières organiques, mais seul un quart est collecté de manière organisée, estime ONU-Habitat. Le reste s'entasse dans les rues, les marchés et les caniveaux. La ville ne dispose que d'un seul site d'enfouissement contrôlé, à Mpasa, à une trentaine de kilomètres du centre, et les stations de transfert installées par d'anciens projets sont aujourd'hui largement hors service.
Ces déchets tuent, indirectement. En bouchant caniveaux et rivières, ils transforment chaque saison des pluies en catastrophe. En avril 2025, le débordement de la rivière Ndjili a fait 33 morts et coupé l'eau et l'électricité dans près de quatorze communes. Un an plus tôt, en janvier 2024, les inondations avaient touché 79 000 personnes à Kinshasa, pour 96 millions de dollars de dégâts directs, selon la Banque mondiale, dans une crise qui, à l'échelle nationale, avait fait près de 300 morts.
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À ce tableau s'ajoutent les têtes d'érosion, plusieurs centaines selon les relevés des autorités, qui grignotent des quartiers entiers de collines comme Mont-Ngafula, et un accès à l'assainissement qui reste minoritaire : à l'échelle nationale, l'UNICEF estime que 29 % seulement des Congolais disposent d'installations sanitaires améliorées. Les bailleurs ne sont pas absents : la Banque mondiale a engagé 500 millions de dollars dans le projet Kin Elenda, censé " protéger les 9 millions de citadins pauvres " de la ville, puis 200 millions supplémentaires, dont 60 pour Kinshasa, contre les inondations urbaines.
Reste un avertissement, lancé dès 2018 par deux experts de la Banque mondiale : sans planification et sans investissements, " Kinshasa pourrait se voir attribuer le triste trophée du plus grand bidonville du monde d'ici 2030 ". Les 5 000 bâtisseurs déployés aujourd'hui ramassent des ordures. Le défi, lui, se chiffre en milliards et en décennies.
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