Deux mois. C'est le temps qu'il aura fallu à la 17e épidémie de maladie à virus Ebola pour franchir, en République démocratique du Congo, le seuil des 2 400 cas confirmés et des 960 décès. Déclarée le 15 mai 2026 dans la seule zone de Mongbwalu, en Ituri, elle s'étend désormais à 47 zones de santé sur cinq provinces, avec 2 423 cas et 967 décès arrêtés au 19 juillet, selon le rapport de situation n°66 du Centre d'opérations d'urgence de santé publique. L'OMS le dit sans détour : cette flambée progresse " plus rapidement que toutes les épidémies précédentes ".

La courbe raconte cette accélération. Au 31 mai, on comptait 282 cas et 42 décès. Un mois après la déclaration, le 17 juin, le bilan atteignait déjà 896 cas et 232 morts. Le cap des 1 500 cas tombait au début de juillet, celui des 2 000 autour du 13. Depuis, chaque rapport quotidien ajoute plusieurs dizaines de contaminations : 79 nouveaux cas et 37 décès pour la seule journée du 19 juillet. En moins de cinq semaines, selon Médecins sans frontières, le nombre de cas a triplé et celui des décès a plus que quintuplé.

Un rythme sans précédent

Pour mesurer l'anomalie, il faut la comparer. L'épidémie de 2018-2020 au Nord-Kivu, la plus meurtrière qu'ait connue le pays, avait fait près de 2 300 morts pour environ 3 500 cas, mais sur près de deux ans. " À titre de comparaison, l'épidémie d'Ebola de 2018-2019 en RDC avait mis plus de dix mois pour atteindre les 2 000 cas confirmés ", rappelle le porte-parole de l'OMS, Christian Lindmeier. La flambée actuelle a couvert la même distance cinq fois plus vite. Elle est aujourd'hui la troisième plus importante jamais enregistrée, et la plus rapide dès son premier mois d'évolution.

Plusieurs facteurs se conjuguent. La souche en cause, Bundibugyo, ne dispose d'aucun vaccin homologué ni traitement spécifique, à la différence de la souche Zaïre contre laquelle des vaccins existent. La riposte ne peut donc s'appuyer que sur le dépistage précoce, l'isolement et les soins de soutien, sans l'arme de l'immunisation en anneau qui avait contribué à endiguer les épidémies antérieures.

Ce que la vitesse déplace

L'emballement ne tient pas qu'à la biologie. Il se nourrit d'un système de surveillance débordé, d'un accès aux soins entravé par l'insécurité et l'enclavement, et d'une transmission qui échappe largement au radar sanitaire : plus de 80 % des nouvelles infections sont détectées hors des listes de contacts connues. L'Ituri concentre l'essentiel du fardeau, avec 2 160 cas et 811 décès, soit près de neuf cas sur dix, mais l'épidémie a essaimé vers le Nord-Kivu, le Haut-Uélé, la Tshopo et, plus marginalement, le Sud-Kivu.

Derrière la statistique, il y a le décompte humain. " Chaque retard coûte des vies ", résume Trish Newport, responsable du programme d'urgence de MSF, qui décrit une riposte condamnée à " courir après l'épidémie au lieu de garder une longueur d'avance sur elle ". La létalité globale, à 39,9 %, dit la gravité d'une maladie qui tue près de deux malades confirmés sur cinq, et davantage encore là où le diagnostic arrive tard.

La vitesse, enfin, a une portée régionale et politique. Elle a justifié la déclaration d'une urgence de santé publique de portée internationale dès le 17 mai, des mesures de restriction aux frontières, et une pression continue sur un système de santé déjà aux prises avec le choléra et le paludisme. La question que pose la courbe n'est plus seulement épidémiologique. Elle est de savoir à quel moment, et à quel prix, la pente finira par s'infléchir.

Méthodologie : trajectoire reconstituée à partir des rapports de situation successifs de l'INSP et du COUSP (points quotidiens du 31 mai au 19 juillet 2026). Chiffres comparatifs 2018-2020 et rythme de progression : OMS et Médecins sans frontières. Les bilans quotidiens sont des données consolidées, susceptibles de réajustements après nettoyage des bases.

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