Le 10 décembre 2025, Magloire Paluku est abattu par balles devant sa résidence à Goma. Ancien journaliste, poète et musicien, originaire de Butembo, âgé de cinquante-huit ans, il occupait la fonction de conseiller en communication au sein de la coordination politique de l'AFC/M23, qui a confirmé sa mort. Trois mois plus tard, le 19 mars 2026, le colonel Biyoyo disparaît à Goma. Entre ces deux dates, un artiste tué, un porte-parole fauché par un drone, un directeur de cabinet suspendu. Tous congolais, tous à l'intérieur du mouvement.

La série, date par date

  • 10 décembre 2025 : Magloire Paluku, conseiller en communication, abattu à Goma.
  • 24 février 2026 : Willy Ngoma, porte-parole, tué dans une frappe de drone près de Rubaya.
  • 19 mars 2026 : le colonel Biyoyo porté disparu à Goma.
  • 20 mars 2026 : suspension du directeur de cabinet chargé de la coordination politique.
  • 21 mars 2026 : Mwami Radjabu rend publique une déclaration mettant en cause un officier.

Un homme qui avait déjà été condamné à mort, tué par d'autres

Le cas de Magloire Paluku résume à lui seul la position impossible de ces cadres. En juillet 2024, la Cour militaire de Gombe l'avait condamné à mort dans le procès visant Corneille Nangaa et vingt-quatre coaccusés, pour son ralliement au mouvement. Kinshasa le considérait donc comme un traître passible de la peine capitale. Dix-sept mois plus tard, il a été tué par balles à Goma, dans une ville tenue par le mouvement auquel il s'était rallié, par des individus armés non identifiés.

Sa trajectoire n'était pas celle d'un homme de guerre. Journaliste, animateur, poète et musicien, né à Butembo en 1967, il était une figure culturelle connue du Nord-Kivu avant de rejoindre la coordination politique de l'AFC/M23, formée le 15 décembre 2023. C'est cette qualité qui faisait de lui un homme utile au mouvement : une voix congolaise de l'intérieur, capable de parler aux communautés locales.

Aucune enquête indépendante n'a établi les circonstances de sa mort. Le mouvement a confirmé le décès de son conseiller en communication sans rendre publique la moindre conclusion, et sans que le nom des tireurs, décrits comme des individus armés non identifiés, ne soit établi plus de sept mois après les faits.

Une déclaration signée, et un nom qui revient

Le 21 mars 2026, une déclaration signée par Mwami Radjabu, président de la Fondation Mwami Radjabu, est rendue publique. Son objet immédiat est la disparition d'un officier : " Le colonel Biyoyo aurait été porté disparu à Goma le 19 mars 2026 vers 15 heures, après avoir été contacté par le colonel Imani Nzenze ". Depuis ce contact, selon le document, l'officier n'a plus donné signe de vie.

Le texte va plus loin. Il affirme que le colonel Biyoyo avait déjà échappé à une embuscade tendue à Kibumba, localité située à une trentaine de kilomètres au nord de Goma sur l'axe vers Rutshuru, au cours de laquelle un membre de son escorte avait été tué, et attribue cette embuscade au même officier. Il met également en cause ce dernier dans l'enlèvement du propre frère de Mwami Radjabu, dont la déclaration du 21 mars réclame la restitution des restes pour un enterrement digne.

Le colonel Imani Nzenze y est présenté comme un officier de renseignements qui se serait détourné de sa mission pour traquer des officiers supérieurs à Goma et à Bukavu. Selon la restitution qu'en fait la presse congolaise, " il est accusé de semer la peur et le désordre au sein du mouvement, en intimidant certains cadres et en exploitant sa fonction pour asseoir son autorité ".

Ces éléments sont des accusations, portées le 21 mars 2026 par une personnalité qui se présente comme partie prenante, son frère figurant parmi les personnes enlevées, et qui réclame l'ouverture d'une procédure. Le colonel Imani Nzenze n'y a pas répondu publiquement, aucune enquête n'est connue, et rien n'établit à ce jour sa responsabilité. Il est présumé innocent des faits qui lui sont imputés.

Le même officier avait déjà été mis en cause, quelques jours plus tôt, par un autre cadre du mouvement, à propos de la mort de l'artiste musicien Delcat Idengo et de celle de Magloire Paluku, dans des zones sous contrôle du mouvement. Ce témoignage évoquait aussi des enlèvements, des arrestations arbitraires et des séquestrations dans les territoires occupés, pratiques que les experts des Nations unies ont documentées.

Ce que ces disparitions disent d'une organisation

La coalition a été formée le 15 décembre 2023 pour élargir la base du M23 au-delà de son noyau initial. Cet élargissement supposait d'attirer des Congolais de l'intérieur : des figures politiques, culturelles, coutumières, capables de donner au mouvement un visage local et de négocier avec les communautés. Magloire Paluku appartenait à cette catégorie, tout comme les officiers et notables dont les noms apparaissent dans la déclaration de mars.

Or ces recrues occupent une position doublement exposée. Face à Kinshasa, elles relèvent de la justice militaire, comme la condamnation de juillet 2024 l'a montré. À l'intérieur du mouvement, elles dépendent d'une chaîne de commandement où le renseignement occupe une place déterminante et où, selon les accusations rendues publiques, les rivalités se règlent sans procédure.

ACLED décrivait en mars la capacité de l'organisation à écarter ses membres jugés indésirables, en citant la suspension du directeur de cabinet chargé de la coordination politique le 20 mars 2026 : " Recent dismissals, such as that of Cabinet Director for Political Coordination Yannick Tshisola Kwasa Mukwenu, also demonstrate the group's capacity to remove those they perceive as disloyal or ineffective. " La suspension administrative est le versant visible de ce mécanisme. Les disparitions et les morts non élucidées en seraient, si les accusations se vérifiaient, le versant obscur. Ces tensions recoupent les fractures déjà documentées entre la direction politique et le commandement militaire.

Les questions qui restent ouvertes

Trois faits ne sont pas établis, et il faut le dire avant que d'autres ne les tiennent pour acquis. Le sort du colonel Biyoyo depuis le 19 mars 2026 n'est pas connu : plus de quatre mois après sa disparition signalée à Goma, aucune information publique n'indique s'il est vivant, détenu ou mort.

Les responsabilités dans la mort de Magloire Paluku n'ont fait l'objet d'aucune enquête indépendante. Les accusations qui circulent proviennent de personnes engagées dans des rivalités internes, ce qui ne les disqualifie pas mais impose de les traiter comme telles.

Enfin, personne ne tient le compte. Il n'existe aucun décompte public des cadres de l'AFC/M23 morts, disparus ou écartés depuis décembre 2025, alors que ce chiffre dirait quelque chose du fonctionnement réel d'une organisation qui administre aujourd'hui des millions de Congolais. Ceux qui l'ont rejointe en sortent parfois par une porte dont personne ne consigne le passage.

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