Le 31 juillet, un moratoire arrive à son terme. Par une note circulaire du 30 janvier 2026, le ministre des Mines Louis Watum Kabamba avait accordé aux entreprises minières un délai pour se conformer à l'obligation de faire entrer des Congolais dans leur capital. Ce délai expire, et l'échéance a valeur de symbole. Car cette réforme, technique en apparence, est la partie visible d'une politique plus large que les autorités nomment la " congolisation " de l'économie : faire en sorte que la richesse extraite du sous-sol ne reparte plus intégralement vers l'étranger, mais nourrisse aussi un actionnariat, un entrepreneuriat et un tissu industriel congolais. Derrière la date du 31 juillet, il n'y a pas une mesure, il y a un projet, et trois obstacles de taille.

Deux lois, un même objectif

  • La sous-traitance : la loi n° 17/001 du 8 février 2017 réserve la sous-traitance dans le secteur privé aux entreprises à capitaux congolais, sous le contrôle de l'Autorité de régulation de la sous-traitance (ARSP).
  • L'actionnariat : l'article 71 bis du code minier, issu de la loi n° 18/001 du 9 mars 2018, impose que 10 % du capital des sociétés d'exploitation revienne à des Congolais.
  • Le déclencheur : la fin, au 31 juillet 2026, du moratoire accordé par le ministre des Mines sur la mise en conformité au volet capital.

Le point de départ est un paradoxe. La République démocratique du Congo est l'une des premières puissances minières de la planète, premier producteur mondial de cobalt, acteur majeur du cuivre, du coltan, de l'étain, de l'or et bientôt du lithium. Les investissements étrangers s'y comptent en milliards de dollars et les grands groupes se disputent l'accès aux gisements. Pourtant, cette abondance n'a jamais rimé avec un partage équilibré. Pendant des décennies, la participation d'investisseurs congolais au capital des sociétés minières est restée marginale, et l'essentiel des dividendes, des décisions et des bénéfices se jouait ailleurs. C'est cet écart entre la richesse du sol et la pauvreté des retombées que la congolisation prétend corriger.

Deux leviers pour reprendre la main

Pour y parvenir, l'État actionne deux leviers complémentaires, chacun adossé à une loi longtemps restée sous-appliquée. Le premier est la sous-traitance : depuis 2017, la loi réserve en principe les contrats de sous-traitance à des entreprises détenues par des Congolais, l'idée étant de faire émerger, autour des mines, un écosystème de PME nationales plutôt qu'une cascade de fournisseurs étrangers. Le second est l'actionnariat : la part de 10 % du capital réservée aux nationaux, dont une moitié destinée aux travailleurs de l'exploitation. Ensemble, ces deux mécanismes visent le même but, ancrer localement une industrie jusque-là extravertie, et faire du Congolais non plus un simple spectateur de l'extraction, mais un acteur du capital et de la chaîne de valeur.

Le pilotage de cette bascule revient à un ministre au profil singulier. Louis Watum Kabamba, entré au gouvernement Suminwa II en août 2025, est un ancien cadre dirigeant de l'industrie minière, longtemps figure de la Chambre des mines. Un homme qui connaît le secteur de l'intérieur se retrouve donc chargé de lui imposer une réforme qu'il combattait peut-être hier. Sa feuille de route ne se limite pas aux sociétés d'exploitation : elle englobe aussi les entités de traitement, ces usines qui transforment le minerai, maillon où se crée une part décisive de la valeur. La congolisation ne veut plus seulement des actionnaires nationaux dans les mines, elle veut des Congolais dans la transformation.

Les trois défis de fond

Reste que le succès ne se mesurera pas au nombre d'entreprises mises en règle, mais à la réalité de ce qui changera. Et trois défis se dressent. Le premier est celui des véritables bénéficiaires. Ouvrir le capital à des Congolais n'a de sens que si ces actionnaires sont réels, crédibles et transparents, et non des prête-noms servant de paravent à des intérêts étrangers ou à une petite élite. Sans mécanisme d'identification sérieux, la réforme risque d'enrichir quelques intermédiaires bien placés plutôt que de démocratiser la propriété minière.

Le deuxième défi est la sécurité juridique. Les investisseurs internationaux scrutent la stabilité des règles, et une réforme qui touche à la structure du capital, si elle est appliquée dans le flou, peut nourrir les contentieux et refroidir les capitaux dont le pays a besoin. L'absence prolongée du décret d'application, la question non tranchée de la rétroactivité pour les sociétés antérieures aux lois, tout cela devra être clarifié pour que l'obligation soit tenable. Le troisième défi, enfin, est celui du financement. Être actionnaire ne se résume pas à détenir un titre : cela suppose des capacités d'investissement, une gouvernance rigoureuse et une vision de long terme. Or les Congolais appelés à entrer au capital, à commencer par les travailleurs, n'ont pas les moyens d'acheter des parts de géants miniers. Le mécanisme de prêts remboursés sur les dividendes, imaginé par le gouvernement, ne tiendra que si ces dividendes existent et si les comptes sont transparents.

Au fond, la fin du moratoire n'est pas un aboutissement, c'est un commencement. Le 31 juillet, Kinshasa envoie un signal politique fort, celui d'un État décidé à reprendre la main sur son secteur le plus stratégique. Mais entre l'impératif de souveraineté économique et la nécessité de rester attractif pour les capitaux, l'équilibre est étroit. La véritable richesse d'un pays minier ne se mesure pas au tonnage extrait, elle se mesure à sa capacité de transformer ce sous-sol en prospérité partagée. C'est à cette aune, et non au nombre de mises en conformité, que se jugera la congolisation.

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