Le gouvernement écarte toute idée d'agir sous la pression. Interrogé lors d'une conférence de presse à Kinshasa sur le délai fixé par l'opposition pour la convocation du dialogue national, le porte-parole Patrick Muyaya a rejeté ce cadrage. " L'agenda du président de la République ne répond pas à une quelconque forme d'ultimatum ", a-t-il déclaré, renvoyant la décision au seul calendrier du chef de l'État.

Le ministre de la Communication a insisté sur la maîtrise du tempo par Félix Tshisekedi. " Le président de la République a son agenda. Le président de la République a son timing. Il a dit qu'il organiserait le dialogue, qu'il prendrait son ordonnance ", a-t-il rappelé, affirmant que cet agenda " répond aux impératifs de l'État " et non à une échéance imposée de l'extérieur. Muyaya a qualifié l'ultimatum d'idée " politiquement politicienne " dans laquelle il a refusé d'entrer, présentant l'engagement présidentiel comme antérieur et indépendant de toute sommation. Il a rattaché la démarche à un objectif qu'il a dit essentiel, " un front contre l'agression rwandaise ".

Cette mise au point vise l'initiative prise dix jours plus tôt par l'opposition. Le 20 juillet, la Coalition Article 64, qui réunit Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Jean-Marc Kabund, Augustin Matata et Delly Sesanga, a suspendu la marche qu'elle prévoyait le 22 juillet et fixé au 15 août la date limite pour la convocation effective du dialogue. Passé ce délai, ou faute d'effets concrets, la coalition s'est réservé le droit de tirer " toutes les conséquences politiques " et d'appeler à la reprise des actions citoyennes. La décision de suspendre la marche avait été prise après un appel des chefs religieux, le cardinal Fridolin Ambongo pour l'Église catholique et le pasteur André Bokundoa pour l'Église du Christ au Congo.

En invoquant lui-même le cardinal, Muyaya a rappelé que le pouvoir s'appuie sur cette médiation religieuse. Le dialogue national inclusif est une initiative de Félix Tshisekedi, dont la convocation doit passer par une ordonnance présidentielle. L'opposition en discute toutefois les conditions et la finalité, une partie de la classe politique redoutant qu'il ne serve à préparer une révision constitutionnelle, au moment où la loi référendaire vient d'être validée par la Cour constitutionnelle.

L'échange fixe le ton avant l'échéance. Les deux camps se réclament du dialogue, mais divergent sur le calendrier comme sur les termes. Que l'ordonnance de convocation intervienne avant ou après le 15 août sera, dans un cas comme dans l'autre, interprété comme un signal, la date étant devenue le point de fixation d'un bras de fer que ni le pouvoir ni l'opposition ne veulent perdre.

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