Contre une fièvre hémorragique, chaque jour compte. À Niania, il s'en perd quatorze par échantillon. Dans cette zone de santé du territoire de Mambasa, en Ituri, cur de l'épidémie d'Ebola déclarée en mai, le maillon faible de la riposte n'est pas la médecine, mais la route. Les prélèvements réalisés sur des cas suspects doivent parcourir des dizaines de kilomètres jusqu'au laboratoire de Bunia pour être analysés. Sans moyen de transport approprié, ce trajet peut prendre des semaines.
L'illustration est venue du dernier bilan local. Le 6 juillet, dix-sept nouveaux cas d'Ebola ont été confirmés à Niania. Ils ont été identifiés à partir de vingt échantillons prélevés sur des malades depuis le 20 juin. Or, ces prélèvements " ne sont arrivés au laboratoire de Bunia que deux semaines plus tard, en raison du manque de moyens de transport approprié ", a alerté le médecin chef de la zone de santé. Deux semaines pendant lesquelles des cas confirmés ont continué de circuler, sans que la riposte sache encore qui isoler.
Le détail qui suit dit l'ampleur du problème. Faute de véhicule dédié, les équipes médicales acheminent les échantillons biologiques de cas suspects " à bord de véhicules de transport en commun ". Des échantillons potentiellement contaminés voyagent donc par transport en commun, au péril de la sécurité sanitaire. Ce qui devrait être une chaîne du froid sécurisée devient un acheminement de fortune.
Rembobinons. Fin mai, un laboratoire d'analyses a été implanté à Bunia, présenté comme un " chronomètre " contre l'épidémie : rapprocher le diagnostic du terrain pour gagner des heures. Mais un laboratoire ne vaut que par ce qui lui parvient. Entre Niania et Bunia, la dernière portion de la chaîne, celle du transport, reste défaillante. Le chronomètre existe, mais on met deux semaines à l'atteindre.
Les conséquences sont directes. Un diagnostic retardé, c'est un patient isolé trop tard, des contacts suivis trop tard, une transmission qui prend de l'avance sur la riposte. Dans une épidémie où la souche Bundibugyo circule sans vaccin largement disponible, la vitesse de détection est l'une des rares armes disponibles. La perdre à cause d'un véhicule manquant relève d'un échec évitable.
Les autorités sanitaires de la zone ont formulé une demande précise : un véhicule dédié au transport des échantillons, et, si possible, l'installation d'un laboratoire mobile à Niania. La première mesure coûte peu au regard de l'enjeu ; la seconde supprimerait le trajet. L'une comme l'autre relèvent de la logistique, pas de la science.
L'épidémie d'Ituri, l'une des plus tenaces qu'ait connues la région, s'est déjà étendue au-delà de son foyer. Chaque maillon qui cède en amont, comme ce transport d'échantillons, fragilise l'ensemble. À Niania, la riposte ne bute pas sur un mystère médical. Elle bute sur une route et sur un véhicule qui manque.
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