L'épidémie de maladie à virus Ebola qui frappe l'est de la République démocratique du Congo depuis la mi-mai poursuit sa progression. Selon le rapport de situation numéro 069 du Centre d'opérations d'urgence de santé publique de l'Institut national de santé publique (INSP), arrêté au 22 juillet et publié le 23 juillet, la dix-septième épidémie déclarée dans le pays totalise 2 905 cas confirmés et 1 269 décès, pour une létalité de 43,7 %. Le document recense 519 personnes guéries et 722 patients hospitalisés en isolement.
L'institut appelle toutefois à la prudence dans la lecture de ces chiffres. La hausse marquée du cumul, qui progresse de trois cent soixante-neuf cas et deux cent trente-six décès d'un rapport à l'autre, résulte selon lui " principalement de l'intégration des bases provinciales harmonisées " de l'Ituri et du Nord-Kivu, " et ne reflète pas uniquement les nouvelles notifications des dernières vingt-quatre heures ". Autrement dit, une part importante de cette augmentation correspond à des cas déjà survenus mais consolidés a posteriori, non à une accélération soudaine de la contagion sur la seule journée écoulée. Sur les vingt-quatre dernières heures, le rapport fait état de 97 nouveaux cas et de 62 décès.
L'Ituri demeure l'épicentre de la flambée, avec 2 595 cas confirmés et 1 077 décès répartis sur vingt-huit des trente-six zones de santé que compte la province, soit 89,3 % des cas cumulés. Le virus s'est étendu à quatre autres provinces : le Nord-Kivu (275 cas, 172 décès, pour une létalité provinciale de 62,5 %), le Haut-Uélé (27 cas, 15 décès), la Tshopo (5 cas, 4 décès) et le Sud-Kivu (3 cas, 1 décès), où la zone de Miti-Murhesa totalise cinquante-cinq jours sans nouveau cas. Au total, 47 des 140 zones de santé recensées dans ces cinq provinces sont touchées, dont 46 restent en transmission active.
Rapporté au cumul des cas, le taux de létalité s'établit à 43,7 %, un niveau conforme à la sévérité historique de la souche Bundibugyo, dont la létalité oscille entre 30 % et 50 % selon les flambées passées. Contrairement à la souche Zaïre, cette souche ne dispose à ce jour d'aucun vaccin homologué ni traitement spécifique. La riposte repose sur la détection précoce, la prise en charge clinique et plusieurs essais thérapeutiques conduits en Ituri, autour de traitements expérimentaux comme le MBP134, le remdesivir et l'obeldesivir en prophylaxie post-exposition.
Une riposte réorganisée sur fond de contagion soutenue
Le rapport signale l'arrivée à Bunia d'un nouveau coordonnateur de la riposte, le professeur Steve Ahuka, désigné gestionnaire national de l'incident. Le même 22 juillet, le ministre de la Santé publique et le professeur Pierre Akilimali ont été reçus par le président ougandais pour examiner la situation transfrontalière de l'épidémie.
Les alertes de l'Organisation mondiale de la santé, elles, n'ont pas varié. L'organisation y voit " la troisième plus importante épidémie d'Ebola jamais enregistrée ", qui " s'est propagée plus rapidement que toutes les épidémies précédentes ", selon les mots de son directeur général, Tedros Adhanom Ghebreyesus, le 16 juillet à Genève. Deux jours plus tôt, le responsable de ses situations d'urgence sanitaire, Chikwe Ihekweazu, avait estimé que l'ampleur réelle de l'épidémie pourrait être " deux à quatre fois " supérieure au nombre de cas officiellement recensés, la plupart des décès récents étant survenus dans les communautés, hors des structures de santé. Le SitRep confirme cette zone d'ombre : en Ituri, 73,3 % des décès du jour sont survenus dans la communauté. Le suivi des contacts, à 74,5 % à l'échelle nationale, demeure très en deçà du seuil opérationnel de 95 %.
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