Une opération de rapatriement organisée le mercredi 29 juillet à la Grande Barrière de Goma par l'AFC/M23, en présence de la MONUSCO, a connu un développement inattendu. Plus de trente personnes que les rebelles présentaient comme d'anciens combattants des FDLR ont refusé d'être transférées au Rwanda, affirmant être des citoyens congolais. " Nous sommes congolais ", ont-ils déclaré face aux caméras, réclamant de regagner leurs villages en RDC plutôt que d'être conduits de l'autre côté de la frontière.

Selon les informations recueillies sur place, ces hommes disent détenir des preuves de leur nationalité congolaise. Devant les équipes de la MONUSCO et les autres acteurs présents à la remise, ils ont maintenu leur refus, et des images de l'opération montrent la présence des Casques bleus au moment du transfert. L'AFC/M23 ne s'est pas exprimée publiquement sur cet incident, qui n'a pas encore été confirmé de source indépendante.

L'épisode touche au cœur de l'argumentaire du mouvement rebelle. L'AFC/M23 affirme régulièrement neutraliser et rapatrier des combattants des Forces démocratiques de libération du Rwanda, ces groupes fondés par d'anciens génocidaires hutu que Kigali invoque pour justifier sa présence militaire dans l'est de la RDC. Voir des personnes présentées comme FDLR se dire congolaises et refuser le Rwanda fragilise, sur le terrain, ce récit.

Ce n'est pas la première alerte de ce genre. Depuis juillet de l'année dernière, Kinshasa dénonce des déportations de civils depuis les zones occupées vers le Rwanda. Human Rights Watch a documenté, en 2025, le " transfert de force " par le M23 de plus de mille cinq cents personnes vers le Rwanda, sans motif communiqué, plusieurs observateurs liant ces expulsions à la présence supposée de membres des FDLR. À Genève, des voix congolaises avaient déjà exigé du Haut-Commissariat pour les réfugiés l'arrêt de ces transferts.

L'incident relance la question des procédures d'identification et de vérification de la nationalité des personnes présentées comme FDLR lors des opérations de rapatriement. Distinguer un ancien combattant rwandais d'un civil congolais suppose un contrôle contradictoire, que ces hommes disent ne pas avoir eu. En l'absence d'un tel dispositif, le risque est de conduire au Rwanda des personnes qui n'en sont pas ressortissantes.

L'épisode survient alors que les discussions régionales et internationales portent sur la mise en œuvre des engagements sécuritaires, dont le désengagement du M23 des territoires qu'il contrôle et la neutralisation des FDLR, deux piliers de l'accord de Washington. Sur ce terrain, le refus de ces trente hommes rappelle qu'entre les annonces de rapatriement et la réalité des identités, la frontière reste floue, et lourde de conséquences pour ceux qu'on y conduit.

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