Depuis le mois de juin dernier, la rédaction de KIVUAVENIR.COM mène une série d'enquêtes de terrain dans plusieurs villages du territoire de Kabare.
Les constats recueillis auprès des ménages, des relais communautaires et de certains acteurs de santé révèlent que des enfants présentent encore des signes compatibles avec cette forme sévère de malnutrition protéino-énergétique, caractérisée notamment par un gonflement du ventre, des dèmes, une dépigmentation des cheveux, un amaigrissement parfois masqué et une grande faiblesse physique.
Au-delà des manifestations cliniques, ce phénomène met en lumière une combinaison de facteurs sociaux, économiques, sanitaires et culturels qui entretiennent la vulnérabilité des enfants.
Selon les observations recueillies au cours de cette enquête, plusieurs causes sont régulièrement évoquées par les habitants.
La pauvreté persistante limite l'accès à une alimentation diversifiée riche en protéines. Certaines familles vivent essentiellement de cultures vivrières insuffisantes pour répondre aux besoins nutritionnels des jeunes enfants, particulièrement durant les périodes de soudure.
À cette précarité alimentaire s'ajoutent des maladies infantiles parfois négligées ou prises en charge tardivement.
Diarrhées répétitives, infections parasitaires, paludisme ou autres affections chroniques fragilisent davantage l'état nutritionnel des enfants lorsqu'elles ne bénéficient pas d'une prise en charge précoce.
L'enquête met également en évidence le poids des représentations traditionnelles encore présentes dans certaines communautés.
Dans plusieurs villages, des habitants continuent d'associer le Bwaki à des causes mystiques, à une malédiction familiale, à une transgression des coutumes ou encore à des pratiques ancestrales supposées.
Cette perception conduit parfois des parents à consulter d'abord des guérisseurs traditionnels avant de se rendre dans une structure de santé.
Les spécialistes de santé publique rappellent toutefois que ces croyances, profondément enracinées dans l'histoire des communautés, méritent d'être abordées avec respect mais également avec une information scientifique adaptée.
Les savoirs traditionnels constituent un patrimoine culturel important, mais ils ne sauraient remplacer le diagnostic médical lorsque la vie d'un enfant est en danger.
Dans plusieurs sociétés africaines, les anciens jouaient historiquement un rôle essentiel dans la transmission des connaissances sur l'alimentation, l'allaitement maternel, les récoltes et la préparation des repas destinés aux nourrissons.
De nombreuses pratiques ancestrales valorisaient d'ailleurs la solidarité communautaire autour des enfants et des femmes allaitantes.
Cependant, les bouleversements économiques, les déplacements de populations, les conflits armés, la pauvreté chronique et les effets du changement climatique ont progressivement fragilisé ces mécanismes traditionnels de protection.
Les familles disposent aujourd'hui de moins de ressources alimentaires, tandis que certains savoirs nutritionnels se perdent au fil des générations.
Les professionnels de santé estiment qu'une approche moderne de lutte contre le kwashiorkor devrait justement concilier ces héritages culturels avec les connaissances scientifiques actuelles.
Il s'agit notamment de promouvoir l'allaitement maternel exclusif durant les six premiers mois, la diversification alimentaire, l'utilisation des produits agricoles locaux riches en protéines comme les haricots, le soja, les arachides, les poissons, les ufs ou certaines légumineuses, ainsi que le recours rapide aux centres de santé dès l'apparition des premiers symptômes.
Cette stratégie suppose également un renforcement de l'éducation nutritionnelle, l'amélioration de l'accès aux soins, le dépistage communautaire de la malnutrition et un accompagnement des familles les plus vulnérables.
À Nyantende comme dans d'autres villages du territoire de Kabare, les témoignages recueillis rappellent que le kwashiorkor n'est pas seulement une maladie de l'enfant.
Il constitue aussi un indicateur des difficultés socio-économiques auxquelles sont confrontées de nombreuses communautés rurales.
Face à cette situation, plusieurs acteurs communautaires appellent à une mobilisation conjointe des autorités sanitaires, des organisations humanitaires, des leaders religieux, des chefs coutumiers et des familles afin de renforcer la prévention, la sensibilisation et la prise en charge nutritionnelle des enfants.
L'avenir d'une communauté se mesure aussi à la santé de ses plus jeunes membres. Réduire durablement le kwashiorkor exige non seulement des soins médicaux de qualité, mais également une lutte continue contre la pauvreté, l'insécurité alimentaire et les idées reçues qui retardent parfois l'accès aux traitements appropriés.
Christian Balemba et Olga Bora
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