Le renvoi de trente-neuf personnes du Rwanda vers la RDC, le 29 juillet, a produit deux versions qui ne se recouvrent pas. Kigali affirme avoir renvoyé des Congolais qui s'étaient faussement fait passer pour des combattants des FDLR. La MONUSCO, elle, rappelle que ces mêmes personnes avaient été rapatriées au Rwanda dans le cadre de son programme de désarmement, et se démarque de leur retour. Entre les deux, une faille apparaît, celle du dispositif censé identifier qui traverse la frontière, et à quel titre.

La version rwandaise vient de la Commission de démobilisation et de réintégration, la RDRC. Selon elle, les trente-neuf sont des ressortissants congolais qui s'étaient " faussement présentés comme d'anciens combattants des FDLR ". Après un processus de vérification, la commission aurait conclu qu'ils ne remplissaient pas les critères d'éligibilité de son programme, et décidé de les rapatrier en RDC. Dans ce récit, Kigali se pose en partie diligente, celle qui a démasqué de faux ex-rebelles et corrigé une erreur.

La version onusienne éclaire l'affaire autrement. La MONUSCO confirme que ces personnes avaient bien été transférées au Rwanda au titre de son programme DDRRR, mais souligne qu'elle " n'était pas présente lors du transfert de ces personnes vers la RDC " et qu'elle " n'est pas impliquée dans ce retour à aucun titre ". Surtout, elle rappelle sa procédure, un " processus approfondi de vérification en plusieurs étapes ", au terme duquel les personnes jugées éligibles sont inscrites sur une liste transmise à la RDRC pour " examen et approbation finale " avant leur départ de la RDC.

C'est là que les deux récits se heurtent. Si ces trente-neuf personnes étaient des Congolais se faisant passer pour des FDLR, elles ont pourtant franchi la vérification de la MONUSCO, puis l'approbation finale de la commission rwandaise elle-même, pour être envoyées au Rwanda. Autrement dit, Kigali les a d'abord acceptées comme éligibles, avant de les déclarer, plus tard, faux combattants et non ressortissants rwandais. Chacun tend désormais à renvoyer la responsabilité vers l'autre, le Rwanda mettant en cause l'identification initiale, la MONUSCO insistant sur la rigueur de sa procédure et sur l'aval que Kigali avait donné.

Au-delà de ce jeu de responsabilités, l'épisode a une portée politique lourde pour la RDC. Il documente un cas concret de personnes étiquetées FDLR et acheminées vers le Rwanda avant de s'avérer congolaises, ce que Kinshasa dénonce depuis un an en parlant de déportations de civils sous couvert de la lutte contre les FDLR. Le même 29 juillet, à la Grande Barrière de Goma, plus de trente personnes présentées comme FDLR par l'AFC/M23 avaient refusé d'être conduites au Rwanda, se disant congolaises. Kinshasa a réagi au renvoi des trente-neuf en insistant sur le respect des engagements de paix.

La question centrale reste celle de l'identification. La neutralisation des FDLR est un pilier de l'accord de Washington, et le tri entre un ancien combattant rwandais et un civil congolais engage des vies. Que Kigali et la MONUSCO livrent deux lectures différentes d'une même opération montre que ce tri ne fait pas l'objet d'un contrôle partagé et incontestable. Les deux versions ne peuvent être entièrement vraies en même temps, et l'écart entre elles laisse ouverte la question de savoir qui, du dispositif onusien ou des acteurs de terrain, a désigné ces personnes comme FDLR, et sur quelle base.

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