Depuis le 1er juillet, c'est un ambassadeur congolais qui tient le marteau du Conseil de sécurité des Nations unies, et le 21 juillet, c'est le président Félix Tshisekedi en personne qui doit conduire, à New York, un débat de haut niveau sur les ressources naturelles comme levier de paix. Trente ans après sa dernière présidence, la RDC revient au perchoir de l'organe le plus puissant du monde, pendant que son propre Est reste occupé par des forces qu'elle accuse le Rwanda de soutenir. D'où la question que tout le monde se pose sans y répondre franchement : ce mois est-il un prestige de vitrine ou une arme diplomatique ? La réponse tient dans un partage précis entre ce que la présidence permet et ce qu'elle ne permet pas.

Ce que la présidence permet, et ce qu'elle ne permet pas

  • Elle permet : de fixer le programme de travail du mois, de choisir les thèmes et de convoquer des débats de haut niveau, comme celui du 21 juillet.
  • Elle permet : de présider les réunions, de représenter le Conseil et de braquer le projecteur mondial sur un dossier, ici le lien entre minerais et conflits.
  • Elle ne permet pas : d'imposer une décision. La RDC est un membre non permanent, sans droit de veto, et ne préside qu'un mois.
  • Elle ne permet pas : de contourner les cinq membres permanents ni d'adopter quoi que ce soit sans l'accord des quinze. Une déclaration du Conseil suppose le consensus.

Ce que la présidence donne d'abord, c'est le contrôle de l'ordre du jour. Le pays qui préside compose le programme de travail du mois, choisit ses réunions phares et fixe le calendrier. Kinshasa a utilisé ce pouvoir avec méthode : un briefing conduit le 8 juillet par la Première ministre sur les violences sexuelles liées aux conflits, une réunion de format Arria le 13 juillet, menée par la ministre d'État aux Affaires étrangères sur le lien entre ressources naturelles, conflits et paix, et le débat présidentiel du 21 juillet sur la gouvernance de ces ressources. Le fil est limpide : faire du minerai le cœur du mois congolais, et rappeler au monde que le pillage des richesses de l'Est nourrit la guerre. C'est un vrai pouvoir, celui de braquer le projecteur là où l'on veut.

Un marteau qui ne tranche pas

Mais ce pouvoir a des bornes que la fierté nationale a tendance à oublier. La présidence est tournante et mensuelle, la RDC succède à la Colombie et cède la place au Danemark dès août, selon l'ordre alphabétique. Surtout, elle n'est qu'un membre élu, un des dix non permanents, sans droit de veto. Présider ne donne aucun pouvoir de décision supplémentaire : le président anime, il ne vote pas deux fois. Rien ne peut être adopté sans l'accord des cinq membres permanents, et la moindre déclaration du Conseil exige le consensus des quinze. Autrement dit, Kinshasa peut inscrire le Rwanda à l'agenda du monde, elle ne peut pas faire voter une sanction que Washington, Paris, Londres, Pékin ou Moscou ne voudraient pas.

C'est là que réside la limite de fond. Le dossier de l'Est ne se règle pas au marteau du président de séance, mais dans le rapport de force entre grandes puissances et dans la relation bilatérale entre Washington et Kigali. La résolution 2773, qui exige le retrait des forces rwandaises, existe déjà, et son application dépend moins de la présidence congolaise que de la volonté des permanents de la faire respecter. Le mois de juillet offre une tribune, pas un levier de contrainte. Confondre les deux, c'est promettre au public un résultat que la procédure ne peut pas livrer.

Comment transformer la vitrine en résultat

Reste que la vitrine n'est pas rien, à condition de savoir s'en servir. Un mois de présidence bien employé peut produire trois effets durables. Il internationalise un récit : en plaçant la traçabilité des minerais et le financement de la guerre par les ressources au centre de trois réunions de haut niveau, la RDC ancre dans l'agenda onusien une lecture qui la sert, celle d'un conflit nourri par le pillage. Il construit des coalitions : la présidence met le pays au contact quotidien des autres membres, l'occasion de rallier les élus africains et les puissances sensibles à la question des minerais de sang. Et il crée une pression réputationnelle sur ceux qui sont nommés, car un débat mondial diffusé depuis New York pèse autrement qu'un communiqué depuis Kinshasa.

Le vrai test viendra donc après, en août, quand le marteau passera au Danemark et que l'Est retrouvera sa réalité. Ce mois aura été utile si Kinshasa en sort avec des alliances plus solides, un récit mieux installé et une résolution 2773 remise au premier plan, inutile s'il se réduit à des photographies et des discours. La présidence du Conseil de sécurité n'est ni un simple honneur ni une arme qui tire toute seule. C'est un projecteur, puissant mais bref, et sa valeur ne se mesurera pas au prestige d'un mois, mais à ce que la diplomatie congolaise en aura fait le mois suivant.

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