Le cardinal Fridolin Ambongo, archevêque de Kinshasa, a prononcé cette phrase devant une caméra de la Présidence, le vendredi 17 juillet, à la sortie d'une audience avec le chef de l'État. Trois autres responsables de confessions religieuses se tenaient à ses côtés. Aucun d'eux n'a parlé. En dix-huit jours, la ligne que Félix Tshisekedi tenait publiquement depuis son adresse à la Nation du 29 juin a bougé.
Le cardinal a assorti l'annonce, dans la même phrase, de la réserve qui la conditionne : le dialogue se tiendra en fonction de conditions qui se préciseront " chemin faisant ". Rien d'autre n'a filtré. Ni date, ni durée, ni lieu, ni composition, ni médiateur, ni objet.
L'audience, a expliqué le cardinal, s'inscrit dans le prolongement des déplacements du chef de l'État auprès de ses homologues du Burundi et du Congo-Brazzaville. Il les a nommément remerciés, " le président du Burundi et le président du Congo-Brazzaville ", après avoir remercié Félix Tshisekedi de s'être " surpassé " et d'avoir invité " tous les fils et filles du Congo à s'asseoir et à se dire ce qui ne va pas ". Les échanges, a-t-il précisé, " ont porté essentiellement sur des sujets d'intérêt national ".
C'est le raisonnement présenté qui éclaire le mieux la décision, et il ne porte pas sur la politique intérieure. " Notre pays aujourd'hui souffre d'une agression qui vient essentiellement de l'Est du Rwanda ", a déclaré le cardinal. " Mais comment pouvons-nous faire face à une telle agression si nous sommes divisés entre nous, les fils et filles du Congo ? " Le dialogue est ainsi présenté comme un préalable à la défense du pays. La formule finale suit la même logique : l'initiative doit permettre à tous les Congolais de " vivre enfin en paix, dès lors que les motifs d'agression à notre pays seront aussi enlevés ".
Reste l'écart avec ce que le président disait lui-même il y a dix-huit jours. Dans son adresse à la Nation du 29 juin, Félix Tshisekedi avait posé que " le dialogue ne peut être détourné de son sens " et " ne saurait devenir un instrument de pression, de contournement des institutions ou de remise en cause de la volonté du peuple, telle qu'exprimée conformément à la Constitution et aux lois de la République ". Il conditionnait alors toute discussion au retour de la paix à l'Est. La déclaration du 17 juillet ne dit pas si cette condition tombe, ni si les " conditions qui se préciseront " en sont la reformulation.
L'annonce arrive onze jours après les consultations de Bujumbura du 6 juillet, où le président burundais Évariste Ndayishimiye, président en exercice de l'Union africaine, avait reçu séparément la plateforme des confessions religieuses conduite par Mgr Évariste Ejiba Yamapia, l'Église du Christ au Congo, la Conférence épiscopale nationale du Congo et les cinq formations de la Coalition Article 64. Il n'en était sorti aucun communiqué conjoint, aucune feuille de route, aucun calendrier.
Elle arrive aussi cinq jours avant la marche du 22 juillet, maintenue par la coalition de Martin Fayulu, qui a posé sa condition au retour de Bujumbura, le 9 juillet : " Il ne saurait être question de suspendre les actions citoyennes ni d'engager un dialogue tant que Monsieur Félix Tshisekedi n'aura pas renoncé publiquement et définitivement à son projet de changement de Constitution. " S'y ajoutent la libération des prisonniers politiques et l'abandon des poursuites qu'elle juge politiques. La déclaration du cardinal Ambongo ne mentionne ni la Constitution, ni le référendum, ni les prisonniers.
Les confessions religieuses, elles, ont accepté ce qui leur a été demandé. " En tant que chef de confession religieuse, nous avons accepté cette mission que le chef de l'État nous confie ", a conclu le cardinal, " et nous nous engageons à porter de l'avant comme un apostolat ". Ce sont les mêmes institutions qui ont conduit la médiation de l'accord de la Saint-Sylvestre, signé le 31 décembre 2016. L'organe créé pour en surveiller l'exécution, le Conseil national de suivi de l'accord, réclamait un nouveau dialogue le 10 juillet.
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Source : https://beto.cd/ambongo-chef-etat-leve-option-dialogue-fils-filles-congo/
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