Dans une adresse publique au chef politique du M23, Bertrand Bisimwa, le député de l'UDPS et ancien vice-Premier ministre et ministre de l'Intérieur Peter Kazadi a requalifié l'AFC/M23 en simple " instrument " de Kigali. Le texte, diffusé sur le réseau X, répond à un démenti de Bisimwa que Kazadi juge intenable, et il vaut moins par sa charge politique que par la question de fond qu'il pose : un mouvement armé qui dépend d'un État étranger peut-il prétendre parler au nom de la Nation congolaise ? Sur ce point précis, les mots de l'homme politique rejoignent ce que documentent, depuis des années, les experts des Nations unies.
Le cur de l'adresse est une dénégation retournée en aveu. Kazadi reproche à Bisimwa de nier ses propres revendications, " pourtant consignées dans un document " qu'il dit détenir et refuser de rendre public, " car le moment venu, chacun assumera ses responsabilités ". De ce refus, il tire une conclusion frontale : " Vous et vos compagnons, placés sous la tutelle de Kigali, n'êtes plus que les simples exécutants d'un agenda qui vous dépasse. " L'existence de ce document ne peut être vérifiée de façon indépendante, et relève pour l'heure de la seule parole de l'ancien ministre. Mais l'argument qu'il en tire, lui, ne repose pas que sur une pièce tenue secrète.
Ce que la documentation onusienne établit derrière les mots
Car la partie factuelle de la charge est celle qui s'appuie sur des sources extérieures. " Les rapports successifs des experts des Nations unies, ainsi que les prises de position de plusieurs États et organisations internationales, ont mis en évidence un soutien déterminant du Rwanda sans lequel le M23 n'existerait jamais ", écrit Kazadi. Le constat est étayé : les groupes d'experts de l'ONU documentent de longue date le commandement et l'appui militaire rwandais qui structurent le mouvement, et le président Paul Kagame lui-même a récemment lié l'existence de son pays au sort du M23. C'est cette dépendance que l'homme politique érige en argument juridique et moral : " Un mouvement armé qui dépend du soutien politique, militaire et logistique d'un État étranger ne peut prétendre parler au nom de la Nation congolaise ni défendre ses intérêts. "
Le reste de l'adresse relève de la qualification politique, et doit être lu comme tel. Kazadi parle d'une " entité terroriste ", reprenant la désignation retenue par Kinshasa, dénonce une " imposture " derrière la rhétorique de la " libération ", et dresse ce qu'il nomme le véritable bilan du mouvement : " l'occupation de portions du territoire national, le déplacement de millions de nos compatriotes, de graves violations des droits humains et le pillage sans précédent des ressources naturelles ". Ces termes engagent celui qui les emploie. Mais ils recoupent des faits établis par ailleurs, de l'occupation de Goma et de Bukavu aux exactions récemment décrites par des experts indépendants de l'ONU dans les territoires tenus.
En face, la ligne de l'AFC/M23 est connue et inverse : le mouvement se présente comme une force congolaise autonome, née de griefs internes et agissant au nom d'une partie de la population de l'Est. C'est précisément cette prétention que Kazadi vise, et que la documentation internationale fragilise, puisque aucun rapport onusien récent ne valide la thèse d'un mouvement indépendant de Kigali. L'adresse se referme sur une formule destinée à durer autant qu'à frapper : " Les marionnettes passent, la Nation demeure. Le destin de la République démocratique du Congo ne sera jamais écrit par les armes ni dicté depuis l'étranger. " Au-delà de la passe d'armes entre deux hommes, c'est la bataille de légitimité qui se joue là : celle de savoir qui, du mouvement armé ou de l'État, peut se réclamer du peuple congolais.
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Source : https://beto.cd/raclee-verbale-kazadi-bisimwa-afc-m23/
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