Il a été l'un des visages de l'épopée, celui qui, dans les cages, a tenu le pays debout match après match. À trente-deux ans, Lionel Mpasi a disputé l'intégralité de la phase de groupes de la Coupe du monde, deux cent soixante-dix minutes sans sortir, trois buts encaissés seulement et huit arrêts décisifs, un rendement qui l'a hissé parmi les meilleurs gardiens du tournoi. Quelques jours après l'élimination des Léopards par l'Angleterre, il est revenu, dans des propos rapportés par Foot Mercato, sur ce parcours que personne n'attendait, et son récit dit mieux que les statistiques ce qui s'est joué dans le vestiaire congolais.

Tout est parti d'un match nul qui a valeur de déclic. " Faire nul contre le Portugal, alors que tout le monde s'attendait à une rouste, c'est totalement nous ", résume le gardien. " Ça nous a permis d'entrer dans le tournoi avec confiance. " Face à l'une des sélections favorites, la RDC devait plier, elle a tenu, et ce premier point a renversé la logique du groupe dans les têtes avant de le faire sur le terrain. Contre la Colombie ensuite, l'histoire fut plus rude, mais le gardien refuse d'y voir une défaite subie : " On savait qu'on allait souffrir, mais on n'est pas passés loin de les accrocher. "

Un scénario écrit d'avance, tenu jusqu'au bout

Ce qui frappe dans le récit de Mpasi, c'est la lucidité tactique d'un groupe qui avait anticipé son propre chemin. " Avant d'affronter l'Ouzbékistan, on avait tous ce scénario en tête : prendre un point sur les deux premiers matchs et jouer notre qualification contre eux ", raconte-t-il. Le plan s'est réalisé à la lettre, jusqu'à ce troisième match couperet qui a renvoyé la RDC dans le tableau final, cinquante-deux ans après la dernière participation de 1974. " On a dû cravacher pour se qualifier ", souffle le portier, conscient du poids de l'attente derrière lui.

Derrière l'exploit, il y a eu les doutes, et Mpasi ne les efface pas. " On est passés par des moments difficiles, on a été critiqués, mais on est toujours restés soudés ", dit-il, décrivant un collectif qui a fait de l'adversité un ciment. Puis vint l'Angleterre, et la fin du voyage, un but à un renversé sur la fin par Harry Kane. Là encore, le gardien a été impérial, et sa lecture d'après-match tient en une phrase où l'orgueil dispute à la frustration : " On n'était pas loin, on est frustrés de ne pas obtenir la qualification, mais c'est le football. "

Reste, au-delà de l'émotion, une attente que Mpasi porte comme les autres : que cet été ne soit pas seulement une parenthèse. Le gardien qui a écœuré la Colombie espère, comme il l'a confié, que cette Coupe du monde apportera des changements au football congolais. C'est tout l'enjeu de l'après. Les Léopards ont réveillé le pays et grimpé au classement mondial, la CAN 2027 se profile déjà, et l'histoire dira si l'exploit d'une génération aura servi de socle ou seulement de souvenir. Pour l'heure, il restera le récit d'un homme qui, entre ses poteaux, a vu son pays y croire, et qui refuse de dire qu'il a échoué : il n'était pas loin.

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