Le 22 juillet, Kinshasa aura deux cortèges. Le secrétaire permanent et porte-parole de l'Union sacrée de la Nation, André Mbata Mangu, a annoncé jeudi soir, depuis Yaoundé, que la plateforme présidentielle se mobiliserait ce jour-là dans la capitale, dans les chefs-lieux de province et au sein de la diaspora. C'est la date que la Coalition Article 64, qui rassemble l'opposition, avait retenue pour sa propre marche vers le Palais de la Nation.
Mbata Mangu justifie l'appel par ce qu'il présente comme une " tentative de coup d'État contre la nation ", qu'il attribue à des " alliés du Rwanda et de l'AFC/M23 ". Il ne cite aucun nom et ne fait état d'aucune procédure. Il s'agit à ce stade d'une accusation, non d'un fait établi.
L'argumentaire est bâti sur la Constitution. Le porte-parole invoque l'article 64, qui fait obligation à tout Congolais de faire échec à quiconque prendrait le pouvoir par la force, et l'article 5, qui dispose que la souveraineté nationale appartient au peuple, pour fonder le droit de l'Union sacrée à occuper la rue ce jour-là. Il convoque l'article 69, qui fait du chef de l'État le symbole de l'unité nationale, pour réaffirmer son soutien au président Félix Tshisekedi et aux Forces armées. Il écarte le risque de balkanisation du pays et l'impute aux " alliés de l'AFC/M23 " et à Kigali.
Les deux camps invoquent donc le même article. L'article 64 est celui dont l'opposition a tiré son nom : la Coalition Article 64 s'était formée autour de Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Jean-Marc Kabund, Augustin Matata Ponyo et Delly Sesanga pour s'opposer à la révision de la Constitution, et elle exclut tout dialogue sans renoncement préalable au changement constitutionnel. Chacun se réclame de l'ordre constitutionnel et désigne l'autre comme celui qui le menace.
Sur le fond de l'accusation, aucun élément public ne relie à ce jour la Coalition Article 64 à l'AFC/M23 ou à Kigali. Le seul lien documenté entre une figure politique congolaise et le mouvement concerne l'ancien président Joseph Kabila, qu'un rapport des Nations unies dit " pressenti " pour un rôle de premier plan. Ce constat vaut pour Kabila.
À l'intérieur de la majorité, l'appel n'a pas fait l'unanimité. Mbata Mangu avait demandé aux composantes de la plateforme de ne suivre que les orientations de l'Union sacrée. L'UDPS, le parti du chef de l'État, a répondu que " l'UDPS n'a prévu aucune marche le 22 juillet ". Ce démenti prolonge un désaccord déjà installé entre Mbata Mangu et Kabuya, après leurs passes d'armes autour de l'élection du gouverneur du Sankuru.
Rembobinons. La marche de l'opposition, initialement prévue le 8 juillet, avait été reportée au 22 après une invitation du président burundais Évariste Ndayishimiye, président en exercice de l'Union africaine. Les autorités s'étaient ensuite engagées à encadrer la manifestation du 22 juillet, tout en interdisant des rassemblements à Kinshasa, Lubumbashi et Kolwezi dans la période qui la précède.
Deux mobilisations concurrentes le même jour, dans la même capitale, sur fond d'accusations croisées : la question de leur encadrement se pose. Le 22 juillet dira laquelle des deux remplit ses avenues, et si la consigne de l'Union sacrée est suivie par ses composantes.
À lire aussi
The post RDC : l'Union sacrée appelle à manifester le 22 juillet, l'UDPS dit n'avoir prévu aucune marche appeared first on BETO.
Source : https://beto.cd/union-sacree-marche-22-juillet-coup-etat-udps-desaveu/
0 Commentaires