La scène se joue à Kolwezi, capitale du cuivre et du cobalt, dans le Lualaba. La Direction générale des impôts (DGI) y a placé sous scellés les installations de Kamoto Copper Company (KCC), filiale du négociant suisse Glencore, au titre d'un contentieux fiscal. La mesure, spectaculaire pour l'un des plus gros contributeurs miniers du pays, matérialise un durcissement de la doctrine fiscale de l'État congolais.
La DGI avait annoncé la couleur. Dans un communiqué, elle rappelait que " tous les contribuables qui ont la dette à la DGI sont invités à apporter les données justificatives au plus tard le 31 mai ", avant l'ouverture de procédures de recouvrement forcé des arriérés. Le ministre des Finances, Doudou Fwamba, a de son côté insisté sur la nécessité de renforcer l'engagement fiscal des grands opérateurs, dans un contexte où l'État cherche à élargir une base de recettes internes encore trop dépendante du secteur extractif.
Rembobinons. Le geste contre KCC ne surgit pas seul. Ces derniers mois, plusieurs géants miniers ont été placés sous contrôle des inspecteurs de l'Autorité de régulation de la sous-traitance dans le secteur privé (ARSP) : après KCC, ce sont KAMOA et SICOMINES, puis Tenke Fungurume Mining, qui ont vu débarquer les contrôleurs de l'État. Deux logiques se croisent : celle du fisc, qui réclame des arriérés, et celle du régulateur, qui vérifie le respect des quotas de sous-traitance réservés aux entreprises à capitaux congolais.
Glencore, de son côté, met en avant sa contribution. Le groupe s'est publiquement félicité de s'être acquitté de " plus d'un milliard USD " d'impôts, taxes, redevances et autres obligations en RDC. L'écart entre ce discours et les procédures de recouvrement dit toute la tension du moment : Kinshasa estime que la rente minière ne se traduit pas assez en recettes budgétaires, quand les opérateurs rappellent le poids déjà versé.
L'enjeu dépasse KCC. Les régies financières congolaises ont mobilisé des montants records en 2025, mais la RDC reste sous-fiscalisée au regard de ses exportations de cuivre et de cobalt. Le recouvrement forcé contre un acteur de premier plan envoie un signal aux autres : la période de tolérance est close. Reste la question de la méthode. Les scellés sur une usine en activité pèsent sur la production, donc, à terme, sur les recettes elles-mêmes.
C'est là que le dossier bascule du fait divers fiscal à la décision de politique économique. En serrant la vis sur les miniers étrangers, l'État congolais teste sa capacité à imposer ses règles sans faire fuir les capitaux qui font tourner le Lualaba.
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