Une seule raison a été donnée publiquement, et ce n'est pas le président qui l'a donnée. C'est le cardinal Fridolin Ambongo, vendredi 17 juillet, à la sortie d'une audience. " Notre pays aujourd'hui souffre d'une agression qui vient essentiellement de l'Est du Rwanda ", a-t-il dit. " Mais comment pouvons-nous faire face à une telle agression si nous sommes divisés entre nous, les fils et filles du Congo ? " L'unité d'abord, parce que la guerre l'exige. C'est l'explication de la décision telle qu'elle a été présentée aux Congolais, et à ce stade il n'en existe pas d'autre : Félix Tshisekedi n'a pas parlé lui-même.

Cette raison a une cohérence vérifiable. Le cardinal a rattaché l'audience aux déplacements du chef de l'État auprès de ses homologues du Burundi et du Congo-Brazzaville, qu'il a remerciés par leur fonction. La séquence diplomatique qu'il décrit est une séquence de voisinage du conflit, et l'argument suit le même ordre : l'unité congolaise est posée en amont de la défense du territoire, non en aval d'un règlement politique.

L'annonce arrive dans un calendrier chargé, dont voici l'état. Les mécanismes existants n'ont pas produit ce qu'ils promettaient. La feuille de route de Doha, signée le 15 novembre 2025, compte huit protocoles et une extension négociée à Montreux du 13 au 17 avril 2026. Le groupe d'experts de l'ONU n'a constaté depuis que des repositionnements tactiques de quinze à vingt kilomètres. Sur les mille prisonniers affiliés à l'AFC/M23 enregistrés par la Croix-Rouge et censés être libérés après Montreux, Kinshasa n'en a validé que 311, et trois mois plus tard aucun échange n'a eu lieu, un engagement que Radio Okapi impute aux deux camps. À cela s'ajoutent l'accord de Washington avec le Rwanda et la médiation de l'Union africaine confiée au président togolais Faure Gnassingbé, qui a présidé une réunion de haut niveau à Lomé le 8 juin et reçu le ministre congolais de l'Intégration régionale Floribert Anzuluni le 14 juillet.

Les consultations de Bujumbura, le 6 juillet, n'ont rien produit non plus. Le président burundais Évariste Ndayishimiye, qui préside l'Union africaine depuis le 14 février, a reçu séparément la plateforme des confessions religieuses conduite par Mgr Évariste Ejiba Yamapia, l'Église du Christ au Congo, la Conférence épiscopale nationale du Congo et les cinq formations de la Coalition Article 64. Une plénière, une photo de famille, et rien d'autre : aucun communiqué conjoint, aucune feuille de route, aucun calendrier.

La demande, elle, s'était accumulée. La CENCO et l'ECC portaient un Pacte social que Kinshasa n'a jamais formellement accepté ni rejeté. Le 8 juin, le Conseil interreligieux plaidait pour un débat inclusif sur les réformes et la réconciliation. Le 29 juin, le Collectif des Démocrates Congolais réclamait un dialogue sous médiation internationale. Moïse Katumbi, Martin Fayulu, Delly Sesanga et Joseph Kabila l'exigeaient déjà sous médiation religieuse le 1er mai 2025. Le 10 juillet, Joseph Olenghankoy, président du Conseil national de suivi de l'accord et du processus électoral, jugeait les consultations de Bujumbura insuffisantes et décrivait le dialogue inclusif comme " l'unique alternative à la guerre ". " Le temps ne joue plus en faveur de la RDC ", ajoutait-il. " Au contraire, il est aujourd'hui notre ennemi. "

Cette demande n'est pas d'un bloc, et elle porte ses propres conditions. Olenghankoy demande que le dialogue commence par Joseph Kabila, condamné à mort par contumace le 30 septembre 2025 par la Haute Cour militaire, et que soient levées les poursuites visant ceux appelés à discuter. La médiation burundaise est contestée à l'intérieur même du camp qui réclame le dialogue : José Makila, de la plateforme Sauvons la RDC proche de Joseph Kabila, soutient qu'un mandat de médiateur " doit découler d'un mandat formel issu d'une décision collective des chefs d'État " de l'Union africaine, et sa famille politique n'est pas allée à Bujumbura. Martin Fayulu y est allé et assume la contradiction : " Ndayishimiye fait partie intégrante du conflit. Ça nous regarde pas. Ce qui nous regarde, c'est qu'il est président en exercice de l'Union africaine. "

Le contentieux constitutionnel, lui, est entre les mains du juge depuis le 29 juin. Ce jour-là, Félix Tshisekedi a déféré à la Cour constitutionnelle, au titre de l'article 160, la proposition de loi organisant un référendum portée par le député Paul-Gaspard Ngondankoy, adoptée à l'Assemblée nationale le 9 juin par 348 voix contre 2 et harmonisée avec le Sénat à la mi-juin. Elle n'est pas promulguée. C'est précisément ce texte que la coalition de Martin Fayulu vise : elle ne s'engagera dans aucun dialogue " tant que Monsieur Félix Tshisekedi n'aura pas renoncé publiquement et définitivement à son projet de changement de Constitution ". Sa marche du 22 juillet, annoncée avant l'audience de vendredi, est maintenue.

Reste ce que l'annonce ne dit pas. Le 29 juin, dans son adresse à la Nation, le chef de l'État posait que " le dialogue ne peut être détourné de son sens " et " ne saurait devenir un instrument de pression, de contournement des institutions ou de remise en cause de la volonté du peuple, telle qu'exprimée conformément à la Constitution et aux lois de la République ". Il conditionnait toute discussion au retour de la paix à l'Est. Le 17 juillet, l'option est levée, en fonction de conditions qui se préciseront " chemin faisant ", selon la formule rapportée par le cardinal. Aucun texte, aucune déclaration présidentielle ne dit si la condition du 29 juin tombe, si elle se reformule, ou si elle est justement l'une de ces conditions à préciser.

La raison donnée est la guerre. Le calendrier est celui de mécanismes de paix qui n'ont pas délivré, de consultations sans résultat, d'une demande de dialogue portée par des acteurs qui posent chacun leurs conditions, et d'un texte référendaire suspendu au juge. Félix Tshisekedi, lui, ne s'est pas exprimé.

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