La dernière fois que la République démocratique du Congo a compté ses habitants, le questionnaire faisait dix-sept pages, l'agent recenseur devait enregistrer sept cents ménages à Kinshasa et cinq cents ailleurs, et chaque chef de ménage passait deux heures assis devant lui. C'était en 1984. Quarante-deux ans plus tard, le deuxième recensement général de la population et de l'habitat est programmé pour juillet 2027, avec deux cent mille agents, cent cinquante mille tablettes et cent quatre-vingt-douze millions de dollars. Il devra couvrir cent quarante-cinq territoires, dont une partie échappe au contrôle de l'État.

Le RGPH-2 en chiffres

  • 1984 : dernier recensement général de la population congolaise.
  • Juillet 2027 : début programmé du dénombrement.
  • 192 millions de dollars : coût global estimé.
  • 200 000 agents et 150 000 tablettes pour 145 territoires.
  • Fin décembre 2026 : bouclage prévu de la cartographie censitaire.

Ce qui est engagé, et à quelle échéance

Le calendrier est public et daté. Le 1er juin 2026, le ministre d'État au Plan, Guylain Nyembo Mbwizya, a lancé en conférence de presse le recrutement des agents chargés de la cartographie censitaire, avec dépôt des candidatures jusqu'au 7 juin sur la plateforme recrutement.rgph.cd. Dix mille quatre cent soixante-treize cartographes, deux mille six cent dix-huit chefs d'équipe et cinq cent vingt-quatre chefs de brigade sont concernés par cette phase.

" Aujourd'hui, ces conditions sont réunies, c'est la raison pour laquelle nous avons officiellement lancé cette opération, actuellement, nous sommes dans la phase de cartographie. Le dénombrement proprement dit est prévu à partir de juillet 2027, toutes les mesures sont prises afin que l'opération ne souffre ni de retards ni de problèmes de qualité ", a déclaré le ministre ce jour-là.

La cartographie a commencé par la ville-province de Kinshasa. Le reste du pays est réparti en deux groupes de onze et seize provinces, et le bouclage de cette phase préparatoire est fixé à fin décembre 2026. Les Nations unies recommandent un recensement tous les dix ans : le Congo en est à son quarante-deuxième.

Un dispositif entièrement dématérialisé

L'écart technique avec 1984 est la partie la mieux documentée du projet. Les opérations sont dématérialisées de bout en bout, y compris le paiement des salaires du personnel de terrain. Les données remontent en temps réel depuis cent cinquante mille tablettes reliées à des serveurs installés au Bureau central du recensement, qui assurent la compilation, l'archivage, la sécurisation, l'élimination des doubles comptages et les analyses préliminaires.

La directrice générale de l'Institut national de la statistique, Élysée Chovu Alima, décrit une plateforme dotée d'un système de double stockage permettant la récupération de l'ensemble des données. Pour le citoyen, l'effet attendu est plus prosaïque : le passage devant l'agent recenseur doit tomber de deux heures à trente minutes au plus.

Ce saut a un coût caché que le document de l'UNFPA énonce sans détour : quarante-deux ans après, la plupart des agents de 1984 sont démobilisés, et le pays ne peut compter que sur une expertise pionnière. Personne, dans l'administration congolaise, n'a jamais recensé.

La question que le calendrier ne règle pas

Reste le territoire. Une partie du Nord-Kivu et du Sud-Kivu est occupée par l'AFC/M23, et le dénombrement porte-à-porte y est impossible. L'INS a présenté un dispositif alternatif : le plan A demeure le comptage classique, le plan B combine plusieurs outils dont l'imagerie satellitaire pour produire des statistiques proches de la réalité dans les zones inaccessibles. Ces techniques ont été employées dans d'autres pays en guerre et sont admises par les Nations unies.

Le document de l'UNFPA formule la même ambition en termes techniques : l'approche mobile et la numérisation de la cartographie doivent assurer " l'accès aux populations dans les lieux les moins accessibles pour des raisons sécuritaires ou géographiques ".

Aucune méthodologie détaillée de ce plan B n'a été rendue publique. Et aucun chiffre officiel n'indique quelle part de la population congolaise vit dans les zones où le comptage classique ne pourra pas se faire. Or c'est cette part qui déterminera la portée du résultat : un recensement dont une fraction significative repose sur l'estimation reste un recensement, mais il ne dit pas la même chose selon que cette fraction pèse deux pour cent ou quinze.

Le financement, encore incomplet

Le coût global est arrêté à cent quatre-vingt-douze millions de dollars. Les engagements annoncés lors de la table ronde des partenaires de mars 2026 en couvrent une partie : trente millions déjà transférés par le gouvernement dans un panier commun géré par l'UNFPA, cent millions promis par la Banque mondiale dont soixante-quinze pour les opérations, cinquante millions annoncés par la Banque africaine de développement dont trente pour le renforcement des capacités, trois millions apportés conjointement par l'UNICEF et l'UNFPA.

L'addition des montants annoncés dépasse le budget, mais promesse et décaissement sont deux choses distinctes, et le gouvernement continue de présenter le financement du solde comme tributaire de la mobilisation de ressources additionnelles. Le déficit restant n'a pas été chiffré publiquement.

Ce que le pays achète avec ces 192 millions

Un recensement ne produit pas seulement un nombre d'habitants. Il fixe la répartition des ressources de l'État entre provinces, dimensionne les besoins en écoles, en centres de santé et en routes, et donne aux investisseurs une base de calcul. Le ministre le résume ainsi : " Le Gouvernement a fait du recensement une priorité nationale, afin de connaître avec précision l'effectif de notre population, ses conditions de vie et sa répartition géographique. "

Le point sensible tient à ce que cette précision arrive dans un pays où le débat public sur les chiffres de population croise en permanence celui de la représentation politique. Le ministre a lui-même écarté tout lien avec le processus électoral ou l'identification. Il s'est également engagé sur la conduite du recrutement : " Je tiens à rassurer l'opinion publique que ce recrutement sera conduit dans le strict respect des principes de transparence, de méritocratie, d'équité et d'égalité des chances. " Le premier test de cet engagement porte sur les dix mille quatre cent soixante-treize cartographes recrutés en juin. Le second, plus lourd, portera sur les deux cent mille recenseurs de 2027.

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