Les dépenses de fonctionnement de l'État congolais dépassent régulièrement les crédits que le Parlement leur a votés. Les biens et matériels ont été payés à 196 % de leur dotation en 2025, les dépenses de prestations à 211 % en 2024. L'équipement, lui, en était à 0,24 % au 30 avril 2026 : sur 10 804,2 milliards de francs congolais votés, 25,8 milliards avaient été payés.

La loi de finances rectificative 2026 est promulguée. L'ordonnance a été lue à la télévision nationale le 10 août, et elle " vient apporter des ajustements au cadre budgétaire adopté pour l'exercice en cours ". Reste la question que le texte ne tranche pas : où l'État réduira sa dépense. Les états de suivi budgétaire du ministère du Budget y répondent déjà. Sur les quatre premiers mois, les dépenses de personnel étaient servies à 91,4 % du rythme prévu, les biens et matériels avaient consommé 53,2 % de leur dotation annuelle, la construction et la réhabilitation en étaient à 5,5 %, et le budget entier était exécuté à 15,3 %. Ce n'est pas un retard, c'est un ordre de priorité, et il est antérieur au collectif.

Le collectif, lui, pèse moins qu'il n'en a l'air. L'Assemblée nationale avait voté 54 335,8 milliards de francs le 10 décembre 2025. Le Sénat l'a adopté en juillet par 79 voix sur 109 sénateurs, selon l'ACP, sans une voix contre ni une abstention. Le montant final publié varie d'une source à l'autre, entre 50 866,3 et 50 886 milliards, et le ministère du Budget n'a mis en ligne ni l'un ni l'autre. Sur le premier de ces deux chiffres, la baisse ressort à 6,4 %. Le projet affichait 7,4 % de recul, mais 0,45 % seulement une fois converti en dollars, le taux retenu passant de 2 467 à 2 290 francs. Et la cause n'est pas une décision de dépenser moins : " cette baisse s'explique essentiellement par la diminution de 42 % des ressources extérieures. En revanche, les recettes propres affichent une progression de 6,9 % ", écrit le ministère du Budget.

Ce que le texte protège est explicite. Le vice-Premier ministre au Budget Adolphe Muzito a présenté un rectificatif qui " maintient les priorités du Gouvernement, notamment dans les secteurs de la défense et de la sécurité, des infrastructures, des investissements publics, de l'emploi des jeunes et de l'amélioration des conditions sociales des populations ". La commission économique et financière du Sénat a relevé la création de 370,050 milliards de francs pour la santé. Un budget en repli qui augmente la sécurité, la santé et les infrastructures suppose une compression ailleurs. Où elle porte vraiment n'est écrit dans aucun tableau publié.

Trois exercices, la même mécanique

Les chiffres d'exécution du ministère disent la chose trois fois. En 2024, les dépenses de personnel ont été payées à 101,6 % des crédits votés et les dépenses de prestations à 211 %, quand les équipements atteignaient 4,8 % et la construction 3,9 %. En 2025, le personnel a terminé à 107,9 %, les biens et matériels à 196 %, les transferts et interventions à 140,4 %, les équipements à 65 % et la construction à 58,4 %. En 2026, à fin avril, l'équipement est à 0,24 %.

Le gouvernement l'écrit lui-même. Son rapport d'exécution du premier semestre 2025, annexé au projet de budget 2026, constate que " l'exécution budgétaire révèle une bonne maîtrise des dépenses contraignantes (dette publique : 101,0% ; personnel : 90,3%) " et que " dans l'ensemble, l'exécution demeure dominée par les dépenses de fonctionnement, avec une faiblesse persistante des investissements sur ressources propres ". Le même document relève que " certaines rubriques ont connu une exécution dépassant 200%, telles que les charges communes, le financement des réformes et le fonctionnement des ministères ", et il cite, parmi les lignes qui n'ont pas démarré, " la Subvention aux Services Déconcentrés et la Bourse d'Etudes ".

La méthode a même un nom, et c'est le gouvernement congolais qui l'a donné, dans son mémorandum au Fonds monétaire international : " We will also postpone investment projects funded by domestic resources that have not yet started. " Pour la suite, le même texte annonce que Kinshasa " will continue to rationalize expenditure on goods and services, including through cuts in the operating budgets of institutions and the salaries of public employees and heads of institutions, and stricter controls on certain specific expenses ". Réduction des budgets de fonctionnement des institutions, des salaires des agents publics et des dirigeants d'institutions, contrôle des missions à l'étranger, des formations et des primes : ces engagements ne figurent dans aucun document budgétaire diffusé à Kinshasa.

Le levier que personne ne tient

Un chiffre mesure l'écart entre l'intention et la pratique. Au premier trimestre 2026, la procédure d'urgence a porté 1 303,6 milliards de francs de paiements, sur un total de 6 605,7 milliards, soit 19,7 %. Le gouvernement s'était engagé à ramener cette proportion, qui s'établissait en mars 2025 à 15,6 %, en juin à 20,9 % et en septembre à 15,6 %, " to below 8 percent ". Plus de 90 % de ces paiements relèvent de dépenses de sécurité exceptionnelles. À fin juin 2025, deux cibles indicatives du programme n'avaient pas été tenues, et ce sont précisément celles-là : " the floor on social spending and the ceiling on spending under emergency procedures ".

L'autre levier est la masse salariale, et il est bloqué. Le Fonds monétaire international relève qu'entre 2021 et 2025 elle " more than doubled in nominal terms and rose by 46% in real terms, now exceeding 50 percent of tax revenue ", avec un dépassement attendu de 19 % sur le budgété en 2025. Le chef de l'État a prescrit le 22 mai " l'interdiction de toute nouvelle revalorisation des primes au profit des catégories déjà régulièrement rémunérées ". L'audit de la paie conduit par l'Inspection générale des finances n'a livré que des conclusions à mi-parcours. Et la Cour des comptes a relevé que " 381,35 milliards CDF de frais financiers ont été payés à hauteur de 100% sans engagement budgétaire préalable au titre des exercices 2024-2025 ".

Une ligne sur-exécutée ne dit pas qui est payé. Le 14 juillet, les agents de l'administration publique urbaine de Kinshasa se sont mis en grève pour " exiger le paiement d'au moins quatre mois sur les treize mois d'arriérés de salaires qui leur sont dus ". La dépense de personnel dépasse ses crédits et les arriérés courent dans le même temps.

Le précédent est instructif. Le collectif de 2025, présenté comme un budget de combat, annonçait " des mesures de réduction du train de vie des institutions ". Le fonctionnement des ministères a fini l'exercice au-delà de 200 % et l'équipement à 65 %. Le rapport sur la rationalisation des dépenses que le chef de l'État avait réclamé sous quinze jours le 9 janvier n'a pas été rendu public. Le texte du rectificatif ne l'est pas davantage : au 13 août, le portail du ministère du Budget ne met en ligne, pour 2026, que la loi initiale n° 25/060.

Le prochain document capable de dire où la coupe est tombée est l'état d'exécution au 30 juin, qui n'est pas publié. Le projet de budget 2027 est attendu au plus tard le 15 septembre.

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