La préparation du budget 2027 de la République démocratique du Congo entre dans une phase décisive. Après une première séquence achevée vendredi 7 août, les conférences budgétaires reprennent ce lundi 10 août au Centre financier de Kinshasa avec les administrations dont le passage avait été reporté en raison du réaménagement du calendrier.
Les institutions initialement programmées le 27 juillet passent ce lundi, tandis que celles prévues le 28 juillet sont attendues mardi 11 août. Ces travaux permettent à chaque ministère, institution et service public de défendre ses prévisions devant les experts du ministère du Budget avant les arbitrages qui précéderont la finalisation du projet de loi de finances 2027.
Pour le vice-Premier ministre chargé du Budget, Adolphe Muzito, commence alors la partie la plus délicate de l'exercice : déterminer quelles demandes pourront être financées, lesquelles devront être réduites et quels projets devront éventuellement attendre.
Des demandes supérieures aux ressources disponibles
Les conférences budgétaires ne constituent pas encore le budget définitif. Elles permettent d'abord aux administrations d'exprimer leurs besoins et de justifier leurs prévisions.
La difficulté apparaît au moment de consolider ces demandes. L'État ne peut financer l'ensemble des besoins exprimés lorsque leur montant dépasse les recettes attendues. Les arbitrages doivent alors permettre une allocation des ressources conforme aux priorités du gouvernement.
C'est à ce niveau que les choix opérés par Muzito seront particulièrement scrutés. Car derrière le montant global du futur budget se jouera surtout sa répartition entre quatre grandes contraintes : défense et sécurité, rémunérations publiques, politiques sociales et investissements.
Dans le contexte de la guerre dans l'Est, les crédits destinés à la défense et à la sécurité apparaissent parmi les dépenses les plus difficiles à réduire.La poursuite de la crise liée à l'AFC/M23, les opérations contre les ADF et d'autres groupes armés, mais aussi les besoins logistiques et sociaux des forces de défense imposent au Trésor des dépenses importantes. Une réduction substantielle de ces crédits serait donc difficile à envisager tant que la situation sécuritaire reste instable. Le gouvernement devra plutôt chercher à concilier cet effort avec ses autres priorités.
La masse salariale : poste rigide ; les investissements davantage exposés
Les rémunérations des fonctionnaires constituent une deuxième contrainte. Contrairement à un projet d'infrastructure susceptible d'être retardé de plusieurs mois, les salaires doivent être versés régulièrement.
Les revendications salariales, la mécanisation de nouveaux agents et les besoins des secteurs comme l'éducation, la santé, l'administration et la sécurité limitent ainsi les possibilités d'économies rapides. Cela réduit mécaniquement l'espace disponible pour les dépenses plus facilement ajustables.
C'est donc du côté des investissements que pourraient apparaître les arbitrages les plus sévères si les ressources projetées ne permettent pas de satisfaire toutes les demandes. Routes, bâtiments administratifs, équipements publics, projets agricoles, infrastructures énergétiques ou programmes nouvellement annoncés peuvent être étalés sur plusieurs exercices. Certains pourraient voir leur enveloppe réduite, leur calendrier prolongé ou leur démarrage reporté.
Cette solution permettrait de préserver les dépenses obligatoires à court terme. Elle comporterait toutefois un coût économique : sacrifier l'investissement pour financer le fonctionnement réduit la capacité de l'État à construire les infrastructures nécessaires à la croissance future.
Santé, éducation et agriculture sous surveillance
Les arbitrages seront également révélateurs dans les secteurs sociaux. Santé et éducation bénéficient d'une forte visibilité politique et touchent directement une grande partie de la population. Mais leurs budgets associent dépenses obligatoires et investissements.
Muzito pourrait donc difficilement réduire fortement les rémunérations des enseignants ou du personnel médical, tout en disposant de davantage de latitude sur certains nouveaux projets d'infrastructures ou d'équipements.
L'agriculture se trouve dans une situation comparable. Présentée comme indispensable à la diversification de l'économie et à la réduction des importations alimentaires, elle devra néanmoins rivaliser avec des dépenses immédiatement considérées comme prioritaires.
Les " gagnants " et les " perdants " encore inconnus
À ce stade, il serait prématuré d'affirmer quels ministères subiront effectivement les principales coupes. Les arbitrages définitifs n'ont pas encore été rendus publics, et les conférences budgétaires doivent précisément fournir les éléments techniques nécessaires à ces décisions.
Une hiérarchie des contraintes se dessine cependant : défense, sécurité et rémunérations disposent de dépenses difficilement compressibles, alors que les nouveaux programmes et certains investissements offrent davantage de possibilités d'ajustement.
La véritable bataille budgétaire commencera donc après la clôture des conférences. Elle permettra surtout de mesurer l'écart entre les priorités affichées par le gouvernement et celles auxquelles il choisira effectivement d'allouer ses ressources. Car plus que le volume global du budget 2027, les secteurs protégés des coupes et ceux contraints de reporter leurs ambitions révéleront les véritables priorités de l'exécutif pour l'année prochaine.
Odon Bakumba
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