Les conférences budgétaires consacrées à la préparation du projet de loi de finances 2027 entrent dans une phase décisive en République démocratique du Congo. Après le passage des ministères et institutions devant les commissions techniques, le gouvernement devra désormais confronter les besoins exprimés aux ressources qu'il espère effectivement mobiliser.

L'ambition est élevée. Le vice-Premier ministre chargé du Budget, Adolphe Muzito, a fixé un objectif de 18 milliards de dollars de recettes propres en 2027. Les conférences ouvertes le 29 juillet doivent précisément permettre de déterminer les allocations sectorielles du prochain budget. Mais entre les demandes formulées par chaque ministère et les moyens disponibles, les arbitrages s'annoncent serrés.

Défense et sécurité difficiles à comprimer

Dans le contexte de guerre dans l'Est, la défense et la sécurité apparaissent parmi les secteurs les mieux placés pour préserver, voire renforcer, leurs allocations. La poursuite des opérations militaires, la sécurisation du territoire et les dépenses liées aux forces de défense constituent des charges difficilement compressibles. Le précédent exercice budgétaire avait déjà placé le renforcement de la sécurité parmi les principales priorités de dépenses de l'État. La persistance de la crise sécuritaire pourrait donc conduire le gouvernement à protéger ces crédits lors des arbitrages de 2027.

La rémunération des agents et fonctionnaires constitue un deuxième poste particulièrement rigide. Mécanisation de nouveaux agents, revendications salariales et fonctionnement quotidien des administrations imposent au gouvernement des engagements récurrents. Là encore, le budget 2026 avait identifié la rémunération des agents publics parmi ses dépenses prioritaires. Cela signifie qu'en cas de recettes inférieures aux attentes, l'exécutif disposerait de relativement peu de marge pour réduire rapidement la masse salariale.

Santé et éducation sous pression, mais politiquement sensibles

La santé et l'éducation devraient également défendre des besoins importants. Leur poids social rend politiquement difficile une réduction brutale de leurs crédits.

Mais une distinction devra être faite entre les dépenses courantes — notamment les rémunérations — et les investissements : construction d'écoles, équipements sanitaires, infrastructures ou nouveaux programmes. Ce sont ces derniers qui pourraient être davantage exposés à des reports si les ressources deviennent insuffisantes. Le gouvernement avait pourtant présenté le budget 2026 comme devant renforcer les services publics essentiels et soutenir la transformation structurelle du pays. 

Les infrastructures face au risque d'ajustement

Routes, eau, électricité et autres infrastructures pourraient se retrouver au centre des arbitrages. Ces dépenses sont essentielles au développement, mais elles présentent une particularité : contrairement aux salaires ou à certaines dépenses sécuritaires, plusieurs investissements peuvent être reportés, étalés ou redimensionnés.

Le gouvernement avait cherché à inverser cette tendance pour 2026 en annonçant environ 7 milliards de dollars d'investissements, soit 36 % du budget général présenté au Sénat. Préserver cet effort en 2027 supposera donc que la mobilisation des recettes suive les ambitions affichées.

L'agriculture constitue un autre secteur particulièrement intéressant à observer. Kinshasa en fait régulièrement un pilier de diversification économique et de réduction des importations alimentaires. Mais le véritable indicateur sera moins le discours politique que la part des ressources effectivement consacrée aux investissements agricoles après les arbitrages. Les conférences de performance organisées en amont ont justement demandé aux ministères de préciser leurs objectifs, leurs indicateurs et leurs prévisions afin de mieux relier les crédits aux résultats attendus. 

Les arbitrages révéleront les vraies priorités

À ce stade, il serait prématuré de dresser une liste définitive des ministères " gagnants " et " perdants " : les enveloppes finales du projet de loi de finances 2027 ne sont pas encore arrêtées. Une tendance se dessine néanmoins. Défense, sécurité et rémunérations disposent de dépenses difficiles à réduire, tandis que les infrastructures, l'agriculture et certains nouveaux programmes sectoriels pourraient supporter davantage les ajustements si les 18 milliards de dollars de recettes propres espérés ne sont pas mobilisables.

C'est précisément là que réside l'enjeu des arbitrages. Au-delà du montant global du futur budget, la répartition des crédits permettra de mesurer les choix réels du gouvernement entre guerre, salaires, politiques sociales et investissements de développement

Odon Bakumba 

The post Budget 2027 : quels ministères pourraient gagner ou perdre dans les arbitrages ? appeared first on BETO.



Source : https://beto.cd/budget-2027-quels-ministeres-pourraient-gagner-ou-perdre-dans-les-arbitrages/