L'État congolais s'apprête à demander de l'argent à ses citoyens. Les termes de référence de la " Campagne permanente de solidarité nationale pour les déplacés internes, les victimes des catastrophes naturelles et autres personnes vulnérables à travers le pays ", huit pages que BETO a pu consulter, annoncent que la campagne " est placée sous le Haut patronage de Son Excellence Monsieur le Président de la République, Chef de l'Etat, qui en donnera le coup d'envoi en date du 25 août 2026 ". Le document porte le nom de la ministre d'État aux Affaires sociales, Actions humanitaires et Solidarité nationale, Eve Bazaiba Masudi. Il n'est pas daté : la mention finale s'arrête sur " Fait à Kinshasa, le ".
Ce que l'État demande à partir du 25 août tient en cinq phases et six semaines. Un téléthon national, des journées de solidarité dans les provinces, des campagnes médiatiques, et une collecte ouverte auprès des institutions publiques, des entreprises privées, de la société civile, de la diaspora congolaise et des partenaires internationaux. Le slogan est arrêté, " Votre don compte pour donner : Sourire, Réconfort et Espoir ". Une seule chose manque, et c'est la dernière rubrique du document. Intitulée " Budget estimatif de l'organisation du téléthon national ", elle ne porte aucun montant. Elle tient en une phrase, qui désigne le payeur sans dire la somme : le téléthon " est prise en charge par la Ministère des Affaires Sociales, Actions Humanitaires et Solidarité Nationale à travers la Caisse de Solidarité Nationale et Gestion Humanitaires des Catastrophes ".
Pourquoi l'État demande
Le constat qui ouvre les termes de référence est chiffré. " Selon les données humanitaires disponibles au début de l'année 2026, la RDC compte environ 7,3 millions de personnes déplacées internes (PDI), dont plus de 90 % sont concentrées dans l'Est du pays ", écrit le ministère, qui situe le Nord-Kivu à plus de 2,7 millions de déplacés, autour de Goma et de Masisi. Il ajoute que " les femmes, qui représentent environ 51 % des déplacés, ainsi que les enfants, sont particulièrement exposés à des risques accrus ". Le Sud-Kivu, le Tanganyika, l'Ituri et le Kasaï sont cités, et l'épidémie d'Ebola figure comme facteur aggravant, avec son épicentre en Ituri.
Ces ordres de grandeur n'ont pas cessé de bouger depuis. Pour le seul mois de juillet, l'Organisation internationale pour les migrations a recensé 55 539 ménages nouvellement déplacés au Sud-Kivu contre 3 200 retournés, et 31 474 déplacés au Nord-Kivu. L'épidémie, elle, comptait 4 449 cas confirmés et 2 061 décès au 11 août.
Le ministère nomme la raison de l'appel sans détour : " Les ressources disponibles sont limitées, et les besoins continuent de croître en raison de la persistance des crises. " Le budget de l'État dit la même chose autrement. Le collectif promulgué en août a été rabaissé, et le gouvernement l'explique par " la diminution de 42 % des ressources extérieures ". L'argent étranger se retire, la campagne demande aux Congolais de compenser.
Un dispositif de transparence détaillé, et une somme absente
Le document consacre une section entière à la redevabilité, ce qui n'est pas courant. Il promet que " la publication périodique des fonds collectés permet d'informer régulièrement le public et les partenaires " et que " l'audit indépendant garantit une évaluation objective de la gestion des ressources ". Il annonce un rapport public de gestion et " une plateforme numérique de suivi " offrant " une traçabilité en temps réel des contributions ". Il précise que " les membres de chacun de ces organes de gestion y prestent à titre bénévole ".
La gouvernance est décrite avec le même soin. Un comité de pilotage, " présidé par Son Excellence Madame la Ministre d'Etat ", réunit les deux secrétaires généraux du secteur, les présidents des conseils d'administration du Fonds national de promotion et de service social et de la Caisse de solidarité nationale et de gestion humanitaire des catastrophes, ainsi qu'un représentant de l'équipe humanitaire pays. Le secrétariat technique est confié à la Caisse. La gestion doit se faire " dans le strict respect des dispositions légales et réglementaires en vigueur en matière de finances publiques, notamment celles prévues par la Loi de finances de l'exercice en cours ".
Tout est donc écrit, sauf le montant. Ni le coût du téléthon, ni l'objectif de collecte, ni la répartition prévisionnelle entre les catégories de bénéficiaires ne figurent dans les huit pages. Un appel public à la générosité qui détaille son audit avant d'avoir chiffré sa dépense pose une question simple : sur quelle base le comité de pilotage validera-t-il les premières factures.
Reste l'obstacle de procédure, et il est daté. Le document précise que le ministère " soumet à l'approbation du Conseil des ministres le présent projet de la Campagne Permanente de Solidarité Nationale ". Or la dernière réunion du Conseil publiée par la Présidence est la 95e, tenue le 31 juillet à Kaniama-Kasese, et la Primature n'a plus mis en ligne de compte rendu depuis la 91e du 29 mai. Onze jours séparent le 14 août du lancement annoncé. Aucun compte rendu public n'atteste, à ce jour, que le projet ait été approuvé.
La campagne se réclame du Nexus " Humanitaire – Développement – Paix " et se veut " permanente ", avec une évaluation trimestrielle et un rapport annuel. C'est la promesse la plus exigeante du texte, parce qu'elle engage l'État sur la durée devant des donateurs qu'il sollicite pour la première fois à cette échelle. Elle se mesurera à trois pièces que le document annonce et ne contient pas : le montant, la première publication des fonds collectés, et le nom de l'auditeur indépendant.
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