Donald Trump est monté dans l'ancien Air Force One le 8 juillet à Ankara, devant les caméras, à l'issue du sommet de l'Otan. Selon le Washington Post, il en est ressorti quelques minutes plus tard par une porte latérale, dans la caisse d'un camion-élévateur de restauration abaissée jusqu'au tarmac, avant d'embarquer dans un autre appareil. Le Boeing sur lequel il venait de monter a décollé sans lui, avec les journalistes et une partie de son personnel à bord.
L'enquête, signée Dan Lamothe, John Hudson, Andrew Ba Tran et Joyce Sohyun Lee, a été publiée le 10 août. Elle repose sur un responsable américain non identifié, sur des données de suivi de vol et sur des entretiens avec des responsables non nommés. CNN l'a corroborée le jour même et CBS News le lendemain, chacun avec ses propres sources. L'Associated Press, elle, a écrit noir sur blanc : " The Associated Press has not independently verified the Washington Post report. "
Le dispositif décrit engage trois appareils. Le Boeing 747-8 offert par le Qatar est parti le premier. L'ancien Air Force One, le VC-25A, a joué le leurre. Le président a été évacué à bord d'un C-32A, un Boeing 757 modifié, avec le secrétaire à la Défense Pete Hegseth, sous l'indicatif Reach 18 et non sous celui d'Air Force One. CNN relève une montée à bord du VC-25A à 20 h 26, un décollage à 20 h 43, un atterrissage à la base britannique de Mildenhall à 22 h 29 et un embarquement sur l'avion qatari à 23 h 01. Le fuseau de ces horaires n'est pas précisé dans les reprises disponibles.
Le motif avancé est une menace iranienne. CBS News écrit que le renseignement américain avait détecté une menace crédible de tir de missile contre Air Force One au départ d'Ankara. Aucun document officiel, aucun acte d'accusation, aucun rapport de renseignement public n'établit cette menace précise. Elle est entièrement rapportée par des responsables qui ne sont pas nommés.
Ce que le président avait écrit ce jour-là
La contradiction est datée et publique. Le 8 juillet à 8 h 42, Donald Trump écrivait sur Truth Social qu'il envoyait le nouvel appareil à Mildenhall pour le faire visiter aux militaires américains, et ajoutait : " For old time's sake, we'll be taking the former Air Force One, from Turkey to Mildenhall. " Le soir même, à 18 h 16, il publiait un second message annonçant avoir atterri et retrouvé le nouvel Air Force One, envoyé plus tôt à la demande de la base.
Interrogé à l'époque sur les risques, le président avait donné une réponse que les révélations éclairent autrement : " I have a threat all the time. I'm No. 1 on their list. " Les journalistes du pool avaient reçu à Ankara la consigne de baisser les stores des hublots, mesure réservée aux zones de guerre, et Trump l'avait lui-même expliquée par le danger du vol.
La Maison-Blanche n'a ni confirmé ni démenti le changement d'appareil. Son directeur de la communication, Steven Cheung, a transmis cette phrase à l'Associated Press : " there are many enemies of America who have their sights on him, and we use every tool at our disposal to address those threats. " Le Pentagone a refusé de commenter et renvoyé vers la Maison-Blanche. Ni Ankara, ni Téhéran, ni le siège de l'Otan n'ont réagi au 11 août. Le sénateur démocrate Richard Blumenthal a réclamé une enquête du Congrès.
Un avion neuf qui traîne déjà deux affaires
L'appareil au centre du dispositif a une histoire. Le Pentagone a accepté le 21 mai 2025 un Boeing 747-8 offert par le Qatar, estimé à 400 millions de dollars. " The Secretary of Defense has accepted a Boeing 747-8 from Qatar in accordance with all federal rules and regulations ", déclarait alors le porte-parole Sean Parnell. Le coût des aménagements, conduits par L3Harris dans un calendrier resserré, reste classifié.
Le 10 juillet, deux jours après le départ d'Ankara, le New York Times écrivait que ce nouvel appareil ne dispose pas des contre-mesures antimissiles du modèle précédent. L'ancien secrétaire de l'Air Force Frank Kendall y déclarait : " Time didn't permit all the normal Air Force One modifications, so some mix of security, communications and support is missing. " L'Air Force a répondu qu'aucun risque n'avait été pris sur la sécurité, tout en reconnaissant des arbitrages sur des fonctions moins utilisées.
La suite concerne directement la presse. Le département de la Justice a émis le 10 juillet des assignations à comparaître contre quatre journalistes du New York Times, dans une enquête de grand jury sur les fuites, deux jours après la publication. Il les a retirées le 23 juillet, après que le juge fédéral Arun Subramanian eut relevé une atteinte aux protections du Premier amendement et un travail juridique bâclé, jusqu'à des assignations visant par erreur la mère d'un journaliste et les relevés téléphoniques de conjoints.
Reste la question que ces révélations laissent entière, et qu'a posée publiquement l'ancienne correspondante de CNN au Pentagone Barbara Starr. Si la menace était assez sérieuse pour retirer le président de l'appareil, l'appareil que l'adversaire supposé croyait porter le président a tout de même décollé, chargé de reporters et de collaborateurs. Le procédé n'est pas inédit : en 2000, Bill Clinton était entré au Pakistan à bord d'un jet non marqué, son Air Force One servant de leurre. Un ancien agent des services secrets cité par l'Associated Press décrit une pratique inhabituelle sans être sans précédent. Ce que personne n'a expliqué, c'est ce qui a été dit, ou tu, à ceux qui sont restés à bord.
Ce que les poursuites américaines établissent, elles, remonte au 8 novembre 2024 : le département de la Justice annonçait alors l'inculpation de trois hommes dans un complot visant Donald Trump, l'un d'eux déclarant avoir reçu en septembre 2024 la consigne de surveiller puis d'assassiner le président élu. Ce sont des accusations, pas des condamnations, et Téhéran avait démenti toute implication.
Le sommet d'Ankara, lui, avait duré deux jours au complexe présidentiel de Beştepe, réunissant les trente-deux États membres autour du secrétaire général Mark Rutte. Sa déclaration finale engage 70 milliards d'euros d'aide militaire à l'Ukraine pour 2026 et reconduit l'objectif de cinq pour cent du produit intérieur brut consacré à la défense d'ici 2035. Les mots Congo, Rwanda, Afrique et Sahel n'y figurent pas une seule fois. Au sommet de 2025, Donald Trump avait désigné le Rwanda comme agresseur de la République démocratique du Congo.
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