Le protocole de désarmement des FDLR devra s'appliquer sur un terrain que l'État congolais ne tient pas. Sur les six zones où se trouvent les combattants, cinq sont sous le contrôle de l'armée rwandaise et de l'AFC/M23, a reconnu le ministre de l'Intégration régionale Floribert Anzuluni le 7 août sur TV5 Monde. Trois jours plus tard, invité de RFI, le même ministre a assuré que le commandement des FDLR, politique comme militaire, avait donné son accord au processus de désarmement, de démobilisation et de cantonnement annoncé fin juillet.

" Aujourd'hui, les leaders politiques et militaires des FDLR sont pleinement impliqués dans ce processus de démobilisation eux-mêmes ", a déclaré Floribert Anzuluni le 10 août sur RFI. " Donc, au-delà des combattants. " Le ministre situe le protocole dans un cadre nouveau : celui de l'accord de paix signé le 4 décembre 2025 entre la RDC et le Rwanda sous facilitation américaine, dont le concept d'opérations annexé ne prévoit pourtant aucun cantonnement.

Une signature, une seule, figure au bas du texte : celle de Victor Byiringiro, présenté comme le responsable politique des FOCA, la branche armée du mouvement. Le général Omega, commandant militaire de cette même branche, n'y apparaît pas. Interrogé sur cette absence, le ministre a répondu que " que ce soit la branche politique ou militaire, les deux branches ont clairement donné leur accord pour pouvoir valider les principes qui se trouvent dans cet accord ", avant d'ajouter : " Celui qui a signé est simplement celui qui est en tout cas officiellement habilité à représenter l'ensemble du mouvement dans ce genre de processus. "

Le nom du chef militaire n'est pas neutre. La liste de sanctions du Comité 1533 du Conseil de sécurité inscrit Pacifique Ntawunguka, commandant de la première division des FOCA, depuis le 3 mars 2009. Le motif retenu par le Comité vise précisément ce que Kinshasa dit aujourd'hui obtenir de lui : l'obstruction au désarmement et au rapatriement volontaire ou à la réinstallation des combattants. Le même exposé des motifs documente le recrutement forcé d'enfants dès dix ans et l'enlèvement de filles soumises à des violences sexuelles. C'est ce commandement que le protocole doit conduire au cantonnement.

Un chronogramme et un budget que Kinshasa n'a pas encore validés

Sur le calendrier, le ministre s'en tient à l'existence des documents. " Nous avons une proposition de plan d'opérationnalisation qui existe. Nous avons une proposition de chronogramme qui existe et nous avons une proposition de budget qui existe ", a-t-il énuméré, en indiquant que la validation de ces trois éléments était " en cours ". Pressé de dire si les opérations commenceraient dans un mois ou deux, il a répondu : " Nous arriverons beaucoup plus rapidement que ça. Il y a une urgence. "

Ce budget est d'abord une charge congolaise. Le concept d'opérations annexé à l'accord de Washington laisse à chaque pays le financement de ses propres opérations, et le délai de quatre-vingt-dix jours qu'il fixe n'a jamais été activé. Le cantonnement, les camps sécurisés que les FDLR ont posés comme condition, l'identification des combattants et leur entretien pendant la durée du processus reposent donc sur des lignes budgétaires que le gouvernement n'a pas rendues publiques, pour des sites situés en majorité hors de son contrôle territorial.

De 500 à 20 000 combattants, le chiffre qui commande tout

Aucune des parties ne s'accorde sur le nombre d'hommes concernés. Les estimations disponibles vont de quelques centaines à plus de vingt mille selon les sources. Le ministre a assumé cet écart plutôt que de le trancher : " Aujourd'hui, nous, nous pourrons dire qu'il y en a 500. Les Rwandais pourront dire 10 000, d'autres 5 000. " L'identification, a-t-il précisé, fait partie des étapes à venir, et le gouvernement dit avoir " des idées de localisation " avant de " déterminer le nombre exact ".

Un chiffre inconnu commande pourtant tout le reste : le nombre de camps, la quantité de vivres, le coût de la démobilisation et l'ampleur de la contrepartie attendue de Kigali, qui a fait de la présence des FDLR le motif de ses mesures défensives. Kinshasa présente d'ailleurs le dossier dans ces termes. La question des FDLR, a redit le ministre, " est une instrumentalisation ".

Reste le sort des combattants qui refuseraient de rentrer au Rwanda. Le gouvernement affirme avoir obtenu l'accord d'un pays africain pour les accueillir, sans le nommer. " Un pays a effectivement donné son accord. Nous sommes en discussion continue et très prochainement, un peu de patience, nous allons officialiser le nom de ce pays ", a déclaré Floribert Anzuluni, en présentant cette relocalisation comme l'alternative au retour. La question n'est pas théorique : à Goma, des hommes présentés comme FDLR par l'AFC/M23 ont refusé d'être transférés au Rwanda, se déclarant congolais.

Le précédent le plus proche est aussi le plus court. En 2009, l'opération Umoja Wetu, menée conjointement par les armées congolaise et rwandaise, avait abouti au désarmement de moins de quatre cents combattants. Dix-sept ans plus tard, le protocole de juillet 2026 arrive avec un signataire habilité, un pays d'accueil sans nom, un chronogramme non validé et un effectif que personne ne chiffre de la même façon. Les étapes annoncées par Kinshasa tiennent en deux phases ; leur point de départ, lui, dépend d'une signature que le ministre dit acquise et d'un budget qu'il n'a pas encore fait valider.

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