Félix Tshisekedi a laissé passer l'échéance politique du 15 août avant de remettre lui-même le dialogue national au centre du jeu. Depuis Libreville, où il séjournait au Gabon, le chef de l'État a annoncé qu'il s'adresserait à la Nation pour préciser sa vision et les contours des futures assises. Une séquence qui pourrait lui permettre de reprendre l'initiative sur un dossier dont la Coalition Article 64 (C64) avait tenté d'imposer le calendrier.
Le 20 juillet, la coalition réunissant notamment Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Jean-Marc Kabund, Augustin Matata Ponyo et Delly Sesanga avait reporté sa marche et accordé au pouvoir jusqu'au 15 août pour convoquer officiellement le dialogue. Faute d'avancées concrètes, elle promettait d'en tirer les " conséquences politiques " et de reprendre ses actions citoyennes.
Laisser passer le 15 août pour ne pas céder ?
À mesure que l'échéance approchait, le calendrier était devenu un enjeu politique presque aussi important que le dialogue lui-même. BETO relevait déjà le piège dans lequel l'ultimatum plaçait Félix Tshisekedi : convoquer les assises avant le 15 août pouvait permettre à la C64 de revendiquer une victoire ; laisser passer la date permettait au président d'affirmer qu'il ne gouvernait pas sous la pression de l'opposition, au risque cependant de relancer la contestation.
Le pouvoir avait d'ailleurs publiquement contesté le principe même de cette pression. Le député de la majorité Paul Gaspard Ngondankoy, auteur de la proposition de loi sur le référendum, avait estimé que " personne ne peut lui donner d'ultimatum ", opposant la légitimité du mandat présidentiel au calendrier fixé par la coalition d'opposition.
Le 15 août est finalement arrivé sans cadre formel réunissant pouvoir et opposition autour d'une même table. La C64 s'est ainsi retrouvée confrontée à son propre ultimatum : après avoir transformé cette date en ligne rouge, elle doit désormais démontrer quelles conséquences concrètes elle entend tirer de son dépassement.
Tshisekedi replace le dialogue dans son propre cadre
L'annonce présidentielle change cependant le rapport de force. En confirmant qu'il exposera lui-même sa conception du dialogue, Félix Tshisekedi peut chercher à dissocier le processus de l'ultimatum de la C64 et à le rattacher à une dynamique antérieure. Le chef de l'État avait en effet manifesté son ouverture au principe des assises après ses échanges du 17 juillet avec les responsables des confessions religieuses, avant même que la C64 ne fixe formellement son échéance du 15 août. Cette chronologie avait déjà été relevée par BETO dans son analyse du rapport de force entre Tshisekedi et l'opposition.
Politiquement, la nuance est importante. Le pouvoir peut désormais soutenir que le dialogue aura lieu parce que le président l'a accepté dans le cadre des consultations conduites avec les confessions religieuses, et non parce que l'opposition lui a imposé une date. En laissant expirer le délai avant de préciser lui-même la suite du processus, Tshisekedi évite également que la C64 puisse facilement présenter la convocation des assises comme le résultat direct de son ultimatum.
Cette reprise d'initiative ne signifie toutefois pas que le chef de l'État maîtrise déjà tout le processus. La date des assises, leur format, la médiation, les participants et surtout l'ordre du jour demeurent déterminants. Le pouvoir avait déjà laissé apparaître plusieurs lignes rouges, alors que l'opposition souhaite pouvoir aborder les questions politiques et institutionnelles qui alimentent la crise.
La Constitution reste le principal point de friction
Le dossier constitutionnel pourrait notamment déterminer la capacité du futur dialogue à réunir les principaux acteurs politiques. Pour la C64, l'abandon de toute initiative susceptible de conduire à une modification des dispositions constitutionnelles protégées demeure une exigence majeure. BETO s'interrogeait déjà sur la possibilité pour le pouvoir d'offrir une garantie sur la révision constitutionnelle afin de convaincre l'opposition.
Le renvoi de la loi référendaire au Parlement pour une nouvelle délibération ajoute une dimension supplémentaire à ce rapport de force. Pour l'opposition, cette décision ne suffit pas nécessairement à écarter les soupçons autour d'un éventuel changement constitutionnel. Le dialogue pourrait donc rapidement se transformer en confrontation sur son ordre du jour avant même que les discussions de fond ne commencent.
La C64 conserve, de son côté, l'arme de la mobilisation. Avant l'échéance, BETO posait déjà la question d'une possible désobéissance civile après le 15 août. Mais le retour de Tshisekedi au centre du dossier complique cette stratégie : mobiliser contre l'absence de dialogue devient politiquement plus difficile dès lors que le président promet précisément d'en présenter les contours.
La bataille se déplace donc. Avant le 15 août, la question était de savoir si Félix Tshisekedi céderait à l'échéance fixée par la C64. Après le 15 août, elle devient celle de savoir qui définira le dialogue. En laissant expirer l'ultimatum avant d'annoncer sa propre feuille de route, le chef de l'État semble avoir repris la maîtrise du calendrier. Reste à savoir s'il pourra également imposer le format et le contenu des assises sans provoquer le refus d'une opposition qui entend précisément utiliser le dialogue pour remettre sur la table les sujets que le pouvoir pourrait vouloir en écarter.
Odon Bakumba
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