Le compte à rebours est lancé. À sept jours du 15 août, date butoir fixée par la Coalition Article 64 pour la défense de l'ordre constitutionnel (C64), le dialogue national annoncé en République démocratique du Congo n'a toujours pas de calendrier public précis. Une situation qui place le président Félix Tshisekedi devant une équation politique délicate : accélérer le processus au risque de donner l'impression de céder à la pression de l'opposition, ou laisser passer l'échéance avec le risque de voir la contestation reprendre.

La C64 avait suspendu sa marche prévue le 22 juillet après avoir pris acte de l'ouverture du chef de l'État au principe d'un dialogue national inclusif. La coalition avait cependant assorti cette suspension d'une condition : que les assises soient convoquées au plus tard le 15 août. Martin Fayulu a depuis maintenu la pression. Le 25 juillet, l'opposant a réaffirmé l'exigence d'un dialogue inclusif et prévenu que la coalition reprendrait ses activités en l'absence de convocation avant l'expiration du délai.

Une ouverture venue des confessions religieuses

Le dialogue n'est pourtant plus une simple revendication de l'opposition. Le 17 juillet, Félix Tshisekedi avait reçu les responsables des principales confessions religieuses. À l'issue de cette rencontre, le cardinal Fridolin Ambongo avait annoncé l'ouverture du président au principe d'un nouveau dialogue politique destiné notamment à contribuer à la décrispation de la crise politique et sécuritaire.

Cette chronologie offre au pouvoir une marge politique importante. Kinshasa peut soutenir que le processus répond à une démarche engagée avec les confessions religieuses et non à l'ultimatum lancé quelques jours plus tard par la C64.

Mais plus le 15 août approche sans annonce officielle sur le calendrier, les participants ou l'ordre du jour, plus cette distinction devient difficile à préserver dans la bataille de communication.

Le 15 août, une bataille de récits

Pour la C64, une convocation avant cette date pourrait être présentée comme le résultat de la pression exercée sur le pouvoir. Pour la majorité, accepter cette lecture reviendrait à reconnaître à l'opposition la capacité d'imposer son calendrier à la présidence. C'est précisément là que réside le piège.

Le chef de l'État peut convoquer le dialogue avant le 15 août tout en affirmant qu'il poursuit un processus déjà engagé avec les confessions religieuses. Mais une annonce intervenant dans les derniers jours précédant l'expiration de l'ultimatum fournirait malgré tout à la C64 un argument pour revendiquer un succès politique.

À l'inverse, laisser passer volontairement le 15 août permettrait au pouvoir d'affirmer son autonomie, mais ouvrirait une nouvelle séquence de confrontation. La C64 a déjà prévenu qu'elle reprendrait ses actions si ses exigences n'étaient pas satisfaites.

Le contenu du dialogue, autre bataille en préparation

La date n'est cependant que la première difficulté. Les divergences portent également sur le contenu et les participants.

L'opposition insiste sur l'inclusivité des assises. Le dialogue est aussi attendu sur fond de guerre dans l'Est, de tensions autour de la Constitution et de profondes divergences entre majorité et opposition. La C64 elle-même s'est constituée en mai autour de son opposition à un changement de Constitution et à la proposition de loi référendaire.

Une simple annonce présidentielle ne suffira donc probablement pas à désamorcer les tensions. Encore faudra-t-il déterminer qui participera, qui assurera la facilitation et surtout quelles questions pourront être placées sur la table.

Tshisekedi conserve l'initiative, mais le temps se réduit

À ce stade, aucune règle n'oblige le président de la République à respecter l'échéance imposée par la C64. Le 15 août constitue une date politique fixée unilatéralement par la coalition, et non une échéance institutionnelle. Mais politiquement, elle est devenue un repère.

Félix Tshisekedi peut encore reprendre l'initiative en donnant au dialogue son propre calendrier et son propre cadre, tout en s'appuyant sur la médiation des confessions religieuses pour éviter un face-à-face direct entre la présidence et la C64. À défaut d'une initiative avant ou autour du 15 août, la bataille pourrait rapidement changer de nature : il ne serait alors plus seulement question de savoir quand commencera le dialogue, mais de déterminer si l'opposition acceptera encore d'attendre autour de la table plutôt que de retourner dans la rue.

Odon Bakumba

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