L'épicentre est en Ituri. Le problème, désormais, est ailleurs aussi. Médecins sans frontières signale que le nombre de cas augmente rapidement au-delà de cette province, et pointe le Nord-Kivu, qui enregistre des taux de mortalité particulièrement élevés ainsi qu'une grande méfiance à l'égard de la réponse mise en place.
Les deux faits se tiennent. Là où la riposte inspire de la défiance, les malades arrivent tard, ou n'arrivent pas. Or plus de 60 % des décès depuis le début de l'épidémie se sont produits en dehors des centres de traitement. La mortalité élevée n'est pas seulement le signe d'une souche agressive : elle mesure aussi la distance entre les gens et le dispositif censé les soigner.
Douze attaques, huit structures incendiées
Cette défiance a laissé des traces matérielles. Douze attaques ont été recensées par l'OMS depuis le 17 mai, dont huit incendies de structures. Une riposte que l'on brûle est une riposte que l'on ne perçoit pas comme la sienne.
Le Nord-Kivu cumule par ailleurs les facteurs que MSF énumère à propos des communautés touchées : conflits, violences, déplacements et faim. Douze de ses trente-quatre zones de santé sont concernées par l'épidémie, selon le bulletin de l'Institut national de santé publique arrêté au 18 août. C'est une province où l'État n'est pas partout, où les acteurs de santé travaillent au milieu d'un conflit armé, et où la parole institutionnelle circule mal.
À Beni, déplacer la riposte vers les gens
MSF dit avoir fait évoluer son intervention à Beni pour l'ancrer au sein même des communautés. Concrètement, l'organisation soutient des structures de santé existantes, celles qui proposent aussi des consultations de médecine générale, et non des sites créés pour la seule épidémie. Cela permet, écrit-elle, de mettre rapidement en place un traitement des symptômes.
Le choix n'est pas anodin. Un centre dédié à Ebola est identifié comme tel par la population, avec tout ce que cela charrie de peur et de stigmatisation. Un centre de santé où l'on soigne aussi le paludisme et où l'on accouche reste un lieu familier. Cette différence détermine qui pousse la porte, et à quel moment.
" Il est essentiel que la réponse soit élaborée avec les communautés et non sans qu'elles y participent ", insiste le docteur Javid Abdelmoneim, président international de MSF.
Un chiffre manque pour objectiver l'alerte. Le taux de létalité par province n'est pas publié séparément, ce qui empêche de mesurer l'écart réel entre le Nord-Kivu et l'Ituri, et donc l'ampleur du décrochage que MSF décrit.
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