Plus de 60 % des décès dus à Ebola en République démocratique du Congo se sont produits en dehors des centres de traitement, et souvent loin d'eux. Le chiffre est avancé par Médecins sans frontières dans une alerte publiée depuis Bunia le 21 août, à l'approche du centième jour de l'épidémie. Il déplace le problème : la riposte se compte en lits, la mortalité se joue à domicile.
Ce que dit ce ratio est mécanique. Six malades sur dix meurent chez eux ou dans leur communauté sans avoir reçu de soins, ce qui signifie aussi que le virus a circulé autour d'eux avant même que leur cas ne soit détecté. Chaque décès communautaire est donc à la fois un patient perdu et une chaîne de transmission ouverte.
" Cette réponse nécessite bien plus que des lits supplémentaires "
" Cette épidémie continue de se propager, à un rythme que la réponse ne parvient pas à suivre ", déclare le docteur Javid Abdelmoneim, président international de MSF. " Les centres de traitement restent essentiels pour sauver des vies, mais cette réponse nécessite bien plus que des lits supplémentaires. Elle requiert un meilleur dépistage, l'isolement sécurisé des personnes malades et de leurs contacts, ainsi qu'un soutien aux professionnels de santé. "
Il ajoute une condition de méthode : " Il est essentiel que la réponse soit élaborée avec les communautés et non sans qu'elles y participent. " La demande centrale de l'organisation porte sur la formation, non sur les infrastructures. Former les agents de santé et les responsables communautaires à détecter les cas tôt, à orienter les malades en sécurité, à appliquer la prévention des infections et à se protéger eux-mêmes.
" Alors que des cas apparaissent dans de nouvelles régions qui n'ont que peu, voire aucune expérience en matière de prise en charge d'Ebola, il y a un besoin urgent de professionnels de santé formés à la prise en charge de la maladie, non seulement au sein des centres de traitement, mais aussi directement au sein des communautés touchées ", souligne Trish Newport, responsable du programme d'urgence de MSF en Ituri. L'organisation demande à l'OMS, aux agences des Nations unies et au ministère de la Santé de généraliser cette formation.
Le dernier kilomètre, encore et toujours
Ce constat prolonge une série d'observations faites depuis le début de la riposte. Le pays est passé d'un laboratoire à seize pour décentraliser le dépistage, mais la capacité reste inégale : au Haut-Uélé, un seul laboratoire fonctionne sur les treize zones de santé. Entre le moment où un malade tombe et celui où un prélèvement part vers un automate, il reste un intervalle que les lits ne comblent pas.
La conséquence déborde d'ailleurs Ebola. En Ituri, les décès de femmes en couches ont doublé depuis le début de l'épidémie. Quand la confiance dans les structures de santé se retire, ce ne sont pas seulement les cas suspects qui restent à la maison.
Au 18 août, l'Institut national de santé publique dénombrait 5 208 cas confirmés et 2 476 décès, pour une létalité de 47,5 %, dans six provinces et 56 zones de santé.
Un chiffre manque pour agir sur ce constat : la ventilation des décès communautaires par province et par zone de santé n'a pas été rendue publique. Sans elle, il est impossible de savoir où, précisément, la chaîne se rompt entre le malade et le soin.
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Source : https://beto.cd/ebola-60-pourcent-deces-hors-centres-traitement-msf/
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