Le protocole présenté par le ministre Floribert Anzuluni engage les rebelles hutu rwandais à déposer les armes. Mais cinq des six zones où ils se trouvent échappent à l'armée congolaise, et vingt ans de tentatives avortées pèsent sur l'annonce.

Kinshasa a annoncé, fin juillet, avoir obtenu la signature d'un protocole avec les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) en vue de leur désarmement, leur démobilisation et leur cantonnement. Le ministre de l'Intégration régionale Floribert Anzuluni l'a présenté le 28 juillet à Kinshasa, aux côtés du porte-parole du gouvernement Patrick Muyaya, puis en a détaillé les étapes le 7 août sur TV5 Monde. " Ce protocole a pour soubassement unique l'accord de Washington ", a posé le ministre, rattachant l'initiative au texte signé un an plus tôt entre la RDC et le Rwanda.

L'annonce s'accompagne aussitôt d'une réserve de taille. Le délai de 90 jours inscrit dans l'accord de paix et son concept opérationnel n'est pas enclenché. " 90 jours, c'est le délai qui était repris dans l'accord de paix et dans le CONOPS. Mais ici, nous n'avons pas encore défini le délai ", a déclaré Anzuluni, renvoyant à la validation d'un plan du Programme de désarmement, démobilisation, relèvement communautaire et stabilisation (PDDRCS). Le ministre a par ailleurs reconnu que le désarmement doit se dérouler là où l'État congolais n'a pas la main : sur les six zones où sont répartis les combattants, cinq au Nord-Kivu et une au Sud-Kivu, " cinq de ces six zones sont actuellement sous le contrôle de l'armée rwandaise et de l'AFC-M23 ".

Le protocole se déploie en deux temps. Une première phase de démobilisation et de cantonnement, sous deux conditions posées par les FDLR elles-mêmes : des camps sécurisés, et la garantie de ne pas être renvoyés de force au Rwanda. " Dans le passé, il y a eu des tentatives de démobilisation volontaire qui ont échoué, parce que, dans certains cas, le Rwanda avait attaqué des camps de démobilisation ", a rappelé Anzuluni. La seconde phase prévoit la dissolution du mouvement et le retour au Rwanda ou, à défaut, une relocalisation dans un pays tiers, " un pays africain a déjà fait part de sa disponibilité ". Le ministre lie ce volet au sort des réfugiés rwandais présents en RDC, " entre 300 000 et 400 000 " personnes au statut mal défini, dont Kigali pourrait, selon lui, faire " de potentiels FDLR ".

Reste une inconnue qui fragilise l'ensemble : personne ne sait combien de combattants les FDLR alignent encore. L'International Crisis Group évaluait le groupe à plus de 6 000 hommes en 2009, au moment de l'offensive conjointe congolo-rwandaise Umoja Wetu. Le Groupe d'experts de l'ONU avançait un chiffre supérieur à 10 000 dans son rapport de 2024, quand des estimations de terrain, début 2025, situaient la troupe autour d'un millier. En mars 2026, le journaliste spécialisé Christophe Rigaud résumait le flou : " Le dernier rapport de l'ONU ne donne pas de chiffre, mais les plus récents qui circulent parlent de 500 à 1 500 combattants. " Les experts onusiens relevaient fin 2025 que l'amalgame entre communautés hutues et FDLR reste entretenu, faute d'avoir jamais pu les identifier, évaluer et localiser, l'une des tâches que l'accord de Washington impose pourtant.

L'annonce de 2026 s'inscrit dans une longue série d'échecs. Le 31 mars 2005, sous la médiation de la communauté Sant'Egidio, les FDLR signaient à Rome, par la voix de leur président Ignace Murwanashyaka, une déclaration renonçant à la lutte armée et condamnant le génocide de 1994. Le texte est resté lettre morte. Quatre ans plus tard, l'opération Umoja Wetu désarmait moins de 400 hommes, aussitôt remplacés par de nouvelles recrues, au prix de représailles massives sur les civils, relevait l'ICG. Fin 2014, plus de 1 500 combattants remettaient leurs armes à la Monusco et à la SADC, cantonnés avec leurs familles à Kisangani, Kanyabayonga et Walungu ; mais à l'échéance de l'ultimatum, début 2015, seuls quelques centaines avaient réellement désarmé, et le processus a tourné court. " La force seule ne démantèlera pas les FDLR ", prévenait déjà l'ICG en 2009.

Le protocole s'adosse à l'accord de Washington, dont Kinshasa attend le retrait des troupes rwandaises. Signé au niveau ministériel le 27 juin 2025, il a été entériné le 4 décembre 2025 à la Maison-Blanche par Félix Tshisekedi et Paul Kagame, sous l'égide de Donald Trump. Le texte fixe des engagements symétriques : à la RDC, la neutralisation " irréversible et vérifiable " des FDLR ; au Rwanda, le retrait de ses forces et la fin de son soutien à l'AFC/M23. Un an plus tard, aucun des deux volets n'a avancé. La cinquième réunion du mécanisme conjoint de coordination sécuritaire s'est tenue à Genève les 15 et 16 juillet 2026 sans calendrier. Devant le Conseil de sécurité, le 26 juin, le conseiller américain pour l'Afrique Massad Boulos avait constaté que ni Kinshasa ni Kigali n'avaient tenu leurs promesses.

Kigali a rejeté le protocole sans détour. " La signature de ce prétendu protocole entre le père, le fils et le mauvais esprit n'est en rien conforme aux accords de Washington ", a écrit le ministre rwandais des Affaires étrangères Olivier Nduhungirehe, fin juillet. Pour Kigali, les FDLR sont l'objet de l'accord, à neutraliser, et non une partie à négocier, et Kinshasa chercherait à gagner du temps. Le gouvernement congolais, lui, répond que l'armée rwandaise et l'AFC/M23 occupent depuis 2022 les zones mêmes où sont censées se trouver les FDLR, sans les avoir neutralisées, preuve selon lui que la menace sert d'abord de prétexte à une présence sur des territoires riches en or et en coltan.

Les spécialistes doutent de la faisabilité. Christophe Rigaud pointe la collusion entre l'armée congolaise et les FDLR, employées comme supplétives contre le M23, et l'impossibilité d'identifier un groupe dont l'effectif reste inconnu. Pour Stéphanie Wolters, de l'Institute for Security Studies, " le Rwanda a des ambitions territoriales […] dans l'Est de la RDC, où il exerce un contrôle de facto sur des zones riches en minerais ". Le centre de recherche Ebuteli notait, dès mai 2025, que le texte de Washington cite les FDLR bien plus souvent que le M23, un déséquilibre qui, pour ce centre de recherche, place l'essentiel des obligations du côté congolais.

Sur les cinq zones qu'il ne contrôle pas, l'État congolais devra, pour désarmer, compter sur le retrait de celui-là même qu'il accuse d'occuper son territoire. C'est la question que le protocole laisse ouverte : ce qui, cette fois, distinguerait l'annonce de vingt ans de désarmements manqués.

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