La République démocratique du Congo veut franchir une nouvelle étape dans la valorisation de ses ressources minières. Le partenariat conclu entre la Société du Terril de Lubumbashi (STL), filiale de la Gécamines, et le groupe belge Umicore prévoit de développer une chaîne d'approvisionnement en germanium à partir des ressources congolaises. Le dossier a notamment été évoqué lors de l'audience accordée par Félix Tshisekedi à l'ambassadrice de Belgique en RDC, Roxane de Bilderling, la Présidence présentant le projet comme une illustration de la volonté de Kinshasa de transformer davantage ses minerais sur place.
Le germanium occupe une place particulière dans cette stratégie. Métal utilisé notamment dans les semi-conducteurs, les fibres optiques, l'imagerie infrarouge et certaines technologies spatiales, il fait partie des matières premières stratégiques recherchées par les économies industrialisées. Dans un contexte de compétition internationale pour sécuriser les chaînes d'approvisionnement, disposer d'une source congolaise offre donc à la RDC un levier qui dépasse la seule valeur marchande du minerai : il lui permet théoriquement de négocier une place plus importante dans la chaîne industrielle.
Transformer sur place plutôt qu'expédier la matière
C'est précisément là que le partenariat avec Umicore prend son intérêt. Pendant des décennies, le modèle minier congolais a largement reposé sur l'extraction et l'exportation de ressources faiblement transformées, laissant une part importante de la valeur ajoutée se créer dans les pays disposant des capacités de raffinage et de fabrication industrielle. L'ambition affichée autour du germanium consiste à déplacer une partie de cette valeur vers le territoire congolais en développant des capacités locales de traitement et en accompagnant le projet d'un transfert de compétences.
Pour Kinshasa, l'enjeu dépasse donc la quantité de germanium produite. La réussite devrait également se mesurer au nombre d'emplois qualifiés créés, aux ingénieurs et techniciens congolais formés, aux procédés industriels effectivement transférés et aux activités complémentaires susceptibles de se développer autour de la STL. Une usine qui traite davantage le minerai sur place peut générer une valeur économique supérieure à celle d'un simple circuit d'exportation, mais seulement si les opérations les plus rémunératrices ne restent pas concentrées à l'étranger.
L'accord répond parallèlement à un besoin européen. Umicore cherche à sécuriser un approvisionnement à long terme dans un minerai devenu stratégique pour plusieurs industries de haute technologie. Cette convergence crée une relation d'interdépendance : la RDC dispose de la ressource tandis que son partenaire apporte notamment des capacités technologiques et un accès aux marchés industriels. C'est cette configuration que Kinshasa cherche désormais à reproduire dans ses partenariats autour des minerais critiques, en utilisant l'accès à ses ressources comme levier pour obtenir davantage d'investissements et de transformation locale.

Le véritable indicateur sera la valeur conservée en RDC
Le partenariat ne constitue toutefois pas automatiquement une rupture avec l'ancien modèle extractif. Transformer une matière première sur le territoire national ne signifie pas nécessairement que l'essentiel de sa valeur y restera. Tout dépendra du niveau de transformation réalisé par la STL, de la structure commerciale de l'accord, du partage des revenus, de la fiscalité, des technologies transférées et de la capacité congolaise à maîtriser progressivement les différentes étapes du procédé industriel.
Le cas du germanium peut ainsi devenir un laboratoire pour la nouvelle politique minière congolaise. Si la STL acquiert durablement des compétences industrielles, développe une main-d'uvre spécialisée et augmente la valeur des produits exportés, l'expérience pourrait servir de référence pour d'autres minerais critiques. Elle montrerait que la RDC peut négocier non seulement l'exploitation de ses ressources, mais aussi l'installation sur son territoire d'une partie des activités industrielles qui leur donnent leur valeur stratégique.
C'est sur ces résultats que devra finalement être évalué le partenariat Umicore–STL. La véritable rupture ne résidera pas dans le fait qu'un minerai congolais intéresse une grande entreprise européenne — le sous-sol de la RDC attire depuis longtemps les industries étrangères — mais dans la capacité du pays à utiliser cette demande pour construire ses propres capacités industrielles. Avec le germanium, Kinshasa dispose ainsi d'une occasion de passer progressivement du statut de fournisseur de ressources stratégiques à celui d'acteur de leur chaîne de valeur.
Odon Bakumba
The post Germanium : le partenariat Umicore–STL ouvre la voie à une chaîne de valeur locale en RDC appeared first on BETO.
0 Commentaires